Réponse à Marc-André Robert

Suite à mon texte du Devoir, Marc-André Robert (un candidat au doctorat en histoire à l’Université Laval) s’est pris la peine de formuler la seule réponse intelligente à mes propos. Considérant non seulement la qualité de son intervention mais aussi la délicatesse il l’a fait (il m’a averti qu’il voulait me répondre et qu’il éviterait le ad hominem), je me dois de lui répondre avec la même courtoisie.

En ne cherchant pas à caricaturer sa position, je pense que je peux facilement admettre qu’il affirme que l’État intervenait davantage pendant la période de 1945 à 1960 que je ne le laisse penser dans mon article du Devoir. Il affirme aussi que j’accorde trop d’importance aux statistiques.

Je commence donc par la deuxième affirmation puisqu’elle est plus facile à répondre. Premièrement, le format du texte du Devoir m’imposait d’apporter mon armée de statistiques pour bien valoir mon point. La longueur imposait la force des statistiques. Le livre, duquel le texte est basé, contient davantage de statistiques mais elles sont plus souvent en interaction avec des sources qualitatives que ce n’est le cas dans le texte du Devoir. Cependant, il faut bien comprendre que l’histoire du Québec a souvent été écrite avec un manque de connaissance des méthodes statistiques et de ce que les économistes nomment la “cliométrie” (la mesure de l’histoire). L’avantage de mon approche, lourde en statistiques, est qu’elle permet selon moi de connecter “le monde des idées”, “le monde des actions” et l’environnement dans lequel les gens évoluent. En gros, elles me permettent d’étudier l’effet des institutions (et des incitations qu’elles produisent) sur la population et l’évolution socio-économique d’une nation. Trop souvent exclue de la pratique, cette approche (aussi surnomée New Institutional Economics) affirme fondamentalement que l’histoire s’étudie à l’aide de théorie économiques. Notons par ailleurs que la théorie économique va bien au délà du cliché communément accepté des marchés financiers et de la croissance économique. Au contraire! La théorie économique permet d’expliquer pourquoi l’évolution de la taille des familles (lien), de la croyance religieuse (lien), de la fréquentation scolaire (lien), de l’émancipation des femmes (lien) et même de la criminalité (lien).  Le but de l’utilisation des théories économiques est de faire du sens de ce qui s’est produit afin (et ici, je cite Douglass North – voir ma section “about”) de faire progresser tant la théorie économique que la compréhension historique.  Et c’est ici que le lien entre les théories économiques et les statistiques est crucial. Généralement, malgré des bémols et des conditions, il est admis que dans les pays développés (pourquoi cette condition? – voir ici), l’autonomie des écoles et la liberté de choix des parents permet en effet d’augmenter tant la qualité de l’enseignement (dont la valeur est nettement sous-estimée – ici) que le développement des compétences cognitives des enfants (ici). La raison est simple et se présente sous deux axes. D’une part, les parents sont plus sensibles à la qualité de l’éducation si ils ont le choix de l’école et d’autre part, les écoles réagissent à cette sensibilité  en s’adaptant si elles ont la capacité de le faire.

Maintenant, ceci me permet de passer au point que je crois principal dans l’argument de Robert. Je ne cherche pas à dire que le Québec était un modèle de “school choice” ou que l’État ne faisait rien (et je ne dis pas qu’il ne devrait rien faire, je crois d’ailleurs à un certain financement public dont les modalités sont différentes du système actuel, mais cela n’est pas le sujet d’aujourd’hui). Ce que je cherche à dire, c’est que le Québec – pendant la période 1945 à 1960 – intervenait beaucoup moins qu’ailleurs au Canada et que les parents obtenaient une part de choix (et de responsabilités supérieures).

Rappelons tout d’abord que contrairement à toutes les autres provinces, le Québec n’a pas la gratuité scolaire à l’époque. Difficile de trouver un fait qui contredit davantage le point de M. Robert. En fait, même si il a raison de dire que les dépenses publiques en matière d’éducation accaparent une part grandissante du budget (voir graphique 1), elles ne rattrapent pas celle observées dans le reste du Canada (voir graphique 2 dans laquelle la période 1945 à 1960 n’illustre aucun rattrapage au titre des dépenses publiques tant face à l’Ontario qu’au RDC). En somme, le financement public n’augmente pas aussi vite qu’ailleurs au Canada alors que le Québec rattrape rapidement les autres Canadiens.

Et qu’en est-il de la qualité de l’éducation? Dans mon livre, je documente plusieurs progrès dans la qualité, notamment au niveau de la formation des maîtres, qui se produit mais aussi au niveau des mentalités de l’Église qui ressent des pressions grandissantes de la part des parents qui voient de moins en moins la pertinence de l’Église et l’importance de l’école (une bonne discussion ici).Image

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Le Québec n’est pas ultra interventionniste avant 1960. En fait, relativement au reste du Canada, il ne l’est pas plus et pourtant son rattrapage s’effectue rapidement. C’est-à-dire que les progrès éducatifs du Québec sont plus rapides que ceux dans le reste du Canada. Maintenant, si on regarde après 1960, on voit que les dépenses du Québec explosent relativement au reste du Canada. En fait, elles les égalisent. Est-ce que le rattrapage du Québec s’accèlere? Non et je l’ai bien documenté dans mon texte du Devoir (et dans mon livre), le retard continue de se fermer à une vitesse constante. Notons aussi que plusieurs veulent comparer le Québec à des utopies parfaites (je ne pense pas que ce soit le cas de M.Robert, mais certains autres de mes critiques) alors que des documents comme le rapport de la Commission Hope en Ontario rapporte des problèmes similaires au Québec en matière de financement et de participation scolaire (ici)

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Mon point demeure, si le Québec rattrapait rapidement à l’époque précédent la bureaucratisation de l’éducation (effectuée par les Guy Rocher de ce monde qui en réclament la surbureaucratisation sans cesse de manière presque dogmatique), est-il possible pour nous de requestionner l’ampleur de l’intervention de l’État en éducation? Oui! Est-ce que cela invalide toute présence de l’État en éducation? Non! Je pense cependant que les particules de liberté de choix, d’autonomie scolaire et de concurrence qui existaient avant 1960 ont bien servi les Québécois relativement aux autres canadiens, alors que la bureaucratisation a été dispendieuse et n’a pas produit les fruits du jardin d’Éden promis si souvent, mais tout aussi fictif que son équivalent biblique. Revenir à un système qui attribue un financement public aux parents tout en retirant des structures bureaucratique, permettant l’autonomie scolaire et la concurrence devrait produire des résultats supérieurs à ceux qu’on nous a tanté vanté avec la Révolution tranquille.

Source (finances publiques) Ruth Dupré, 1989. “Un siècle de finances publiques québécoises…” Actualité Économique.
Source (éducation) Statistiques Historiques du Canada, 1983. “Section W : éducation”.

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