Why culture has its place in economics

For many years, I have disregarded the importance of culture in the study of economics. I always used to say that culture is like money : in the long run, its neutral. However, for the past few months, I have come to appreciate the role of culture in economics and especially in link with the role of rational expectations.

In economics, rational expectations theory is been the closest thing to “revolutionnary” that already-sliced bread brought to supermarkets and consumers. When governments make decisions, people have expectations and they can defeat the best intent of governments by adapting their behaviours. The government borrows to wage war? Wars are only temporary but we will have to pay taxes in the future, so let’s borrow to make sure we won’t get screwed ten years from now.

As much as it irritates some of my colleagues, people do plan. Like they did when the Bush Tax Cuts (temporary tax cuts) were enacted. Because they were temporary, the vast majority of investors, entrepreneurs and workers did not change their behaviour. They knew it was coming.

But how do we form expectations? I form my own expectations for behaviour on the market and at home on my knowledge of economics and knowledge about my girlfriend’s mood. But what about norms, culture and tradition?

What we consider “reasonable” does not appear out of thin air. We discovered what was “reasonable” by being told so by people with experience. We discovered that it was “reasonable” not to spit in people’s faces because our traditions do not permit this. All of these traditions and norms reduce the “transaction costs” of living in modern society because they make it cheaper to know what is coming.

What we expect from the market depends on our own experience and those that have been transmitted to us by traditions. This is where I think culture has its place in New Instutional Economics, Development Economics and Growth theory.

If for decades, you have had a slow path of growth that is uniformly distributed, expectations about the future are not rosy. Peasants in medieval England used to use scatter plotting (even though it was 10% less productive than farming one single and larger strip of land) because it was safer. They were averse to risks and prefered to farm many smaller plots even if it wasn’t too productive because they estimated that they were less likely to lose all their crop in one shot and starve tod eath.

Now imagine that one group of peasants becomes ultra rich, ultra fast. Individually, their personal identities and their culture have changed. They consume different items, have different needs and behave differently than others. Their expectations change because of cultural changes induced by economic transformations. Rather than expecting a low return rate, they might decide to take risks and innovate. They might “jump into uncertainty” (Frank Knight speaking…) and create greater value by innovating!

Hence, yes culture does play a role in the formation of expectations. In fact, I believe that it is one of the driving forces behind the formation of expectations because it is the transmission belt of information, knowledge and wisdom. Not the sole one, but a pretty important one.

(This post is a 1 of 3 posts – the second will discuss the weight of culture in economics and the third will provide an illustration of my point with my own study about Quebec’s economic growth from 1926 to 2010).

Le progrès économique des francophones

Aujourd’hui, je publie avec le think tank fédéraliste, L’Idée Fédérale, une étude sur les progrès du français depuis les années 1960 intitulée “Le Français en Solide Position”. J’argumente que les progrès du français auprès des immigrants (documentés avec les recensements de Statistiques Canada ainsi que les données de l’Office Québécois de la Langue Française et du Conseil Supérieur de la Langue Française) sont attribuables à l’attraction économique du français. À cet égard, je pense que la croissance des salaires ajustés pour l’inflation entre 1970 et 2000 nous permet de constater à quel point le français fait partie de la vie économique du Québec et qu’il est incontournable.

Déclin du Québec 1921-1941

Depuis plusieurs années, je suis devenu sceptique de l’histoire de la “Grande Noirceur” entre 1945 et 1960. Selon la narration “classique”, le Québec était en déclin, retardé et obscur avant 1960. Après 1960, la terre promise serait atteinte. Étant économiste et historien, je ne suis jamais convaincu des histoires dichotomiques. C’est pour cela que j’ai pris la peine depuis plusieurs années de collecter des données pour revisiter l’histoire économique et sociale du Québec. Depuis plusieurs semaines sur ce blogue, je poste des billets sur la situation socio-économique du Québec entre 1945 et 1960 et tout indique que le Québec vivait un rattrapage très rapide au cours de cette période. Ceci me laisse avec la question, quand est-ce que le Québec a perdu du terrain?

La réponse est: avant la guerre. Jusqu’à 1945, il semble plutôt clair que le Québec vit soit a) un déclin relativement à l’Ontario, les États-Unis, le reste du Canada, la France et la Grande-Bretagne ou b) une stagnation relativement à tout ces pays. Voici un tableau tiré de l’article de Emery et Levitt dans le Canadian Journal of Economics en 2003. Il compare les revenus des ménages selon les recensements entre 1921 et 1941 et on voit clairement un déclin du revenu des Québécois relativement aux Ontariens.

Investissements au Québec : le Québec a déjà été meilleur que l’Ontario

En continuité avec mes posts des derniers jours, j’ai décidé de prendre les séries statistiques du Dominion Bureau of Statistics et les National Accounts pour le Québec et l’Ontario entre 1948 et 1960 pour extraire le “gross fixed capital formation”. Il s’agit d’une mesure approximative (pas exact) des investissements totaux qui se produisent dans l’économie. Depuis plusieurs mois, je vois Jean-François Lisée qui tente de démoniser certains de mes collègues avec des sympathies “de droite” et il pointe que tout n’est pas triste et tragique au Québec. Il prend souvent la peine de comparer le taux de chômage du Québec avec les autres provinces au moment présent. Toutefois, il est intéressant de savoir comment le Québec se portait avant. Au niveau du chômage, le Québec semble effectivement avoir un désavantage qui remonte à il y a plusieurs décennies (même dans les années 1950), mais nous y reviendrons dans un post dans le futur. Toutefois, il est intéressant de noter qu’entre 1948 et 1960, le Québec attirait davantage d’investissement que l’Ontario par travailleur, ce qui explique en partie pourquoi le Québec rattrapait légèrement l’Ontario au cours des années 1950 sur le plan des revenus personnels. En fait, le Québec creusait son avance sur l’Ontario progressivement au fur et à mesure que le temps passe sur le plan des investissements par travailleur.

L’emprise de l’Église, 1901-1960

Récemment, mes billets sur la Grande Noirceur ont mené à des critiques voulant que la période en étant une sur le plan social. Par “social”, on évoque surtout l’Église et son rôle démesuré dans la société québécoise. Néanmoins, il faut être sceptique de la littérature qui discute du rôle de l’Église et de son emprise puisqu’elle est méthodologiquement douteuse. Pour étoffer l’idée de la mainmise de l’Église on discute des conflits politiques, des “grands personnages” et des idéologiques concurrentes. Aucune de ses approches n’essaie de voir si l’emprise de l’Église sur les comportements et moeurs de l’Église s’éffritait ou se solidifaient.

Il est bien plus pertinent de regarder les statistiques sur les comportements de la population en générale. À cet égard, je pense qu’il faut regarder les données sur les naissances relativement à l’Ontario, le taux de nuptialité, le taux de divorce et les effectifs religieux relativement à la population. Je propose ces indicateurs puisque récemment, certains historiens ont commencé à étudier les comportements sexuels des Québécois avant 1960. Le déclin de la fécondité et de la nuptialité qu’on associe à la Révolution Tranquille pré-date celle-ci de plusieurs années. En fait, l’historienne Danielle Gauvreau déclare dans un article d’Études d’Histoire Religieuse que cette croyance populaire « est inexacte en ce qu’une portion non négligeable du déclin survenu avant les années 1960 et sans l’aide d’un moyen de contraception moderne comme la pillule ». Elle ajoute qu’elle est « en mesure de conclure que certains éléments de cette évolution constituent une réelle transgression de la morale chrétienne ». Si l’emprise de l’Église se relâchait, on devrait le remarquer dans les statistiques sur le comportement général de la population en refusant de se marrier aussi fréquemment, en acceptant plus fréquemment les divorces et en étant moins prolifique dans sa procréation.

Au lieu de considérer la Grande Noirceur comme une période de “stagnation”, il semble bien plus approprié de la considérer comme une période de grand rattrapage, surtout sur le plan des moeurs sociales. Les graphiques suivants viennent à l’appui de ce point de vue. Le taux de divorce est le plus intéressant à mon avis. Avant la vague de mariages pour éviter la conscription de 1942, le taux de divorce demeure plutôt bas. Après la guerre, une partie de ces marriages hâtifs se sont terminés. Toutefois, il semble qu’il y a un eu un “choc” qui durait encore en 1960. En somme, le Québec avait atteint un nouveau plateau du taux de divorces.Au même moment que les taux de divorce atteignent un nouveau plateau entre 1945 et 1960, le taux de nuptialité (les mariages) descend rapidement de son pic de la guerre. En fait, il chute constamment.

Au même moment, on voit aussi le déclin de la fécondité des Québécoises dont parlait Danielle Gauvreau. Alors que le nombre de naissances par 1,000 habitants en Ontario reste relativement stable entre 1921 et 1960 (il diminue un peu au début pour remonter ensuite), il demeure nettement inférieur à celui du Québec avant 1945. Ensuite, il semble que les jeunes Québécois ont décidé que c’était fini les grandes familles de huit enfants. Par conséquent, le nombre de naissances par 1,000 habitants tombe comme une pierre pour arriver au niveau de l’Ontario en 1960.

Ces statistiques semblent être celles que l’Église aurait aimé voir se diriger dans la direction contraire. Si son emprise était aussi forte, est-ce qu’on aurait vu un déclin aussi important de ces statistiques? En fait, quand on revient à la littérature actuelle à la lumière de ces statistiques, on peut la comprendre et rejeter ses faiblesses. Quand Maurice Duplessis disait que les évêques mangeaient à sa main, est-ce qu’il faisait vraiment référence à son pouvoir politique ou au déclin de celui de l’Église? À cette fin, regardons la taille des effectifs religieux (féminins et masculins) relativement à la population de la province. Alors que l’importance relative des effectifs religieux ne cesse de croître à chaque recensement entre 1901 et 1941,  elle commence à chuter à partir de 1941 tout au long de la période de la Grande Noirceur. Est-ce que l’appel de dieu devenait moins audible pour les croyants, les poussant ainsi à délaisser les robes de prêtres? À partir de 1948, l’historienne Martine Poulain estime dans la Revue d’Histoire du Québec qu’entre 30 et 50% des catholiques de Montréal cessèrent d’aller à l’Église pour célébrer la messe.

Est-ce que l’Église était puissante? Oui, aucun doute! Elle gérait toujours les hôpitaux et les écoles, dont les déficits opérationnels étaient épongés par le gouvernement provincial. Elle était aussi très puissante au fur et à mesure qu’on s’éloignait des villes de Québec et de Montréal. Toutefois, si la Grande Noirceur était une péridoe de “stagnation” et de “retardation”, on aurait du voir soit une solidification de la mainmise de l’Église, pas le contraire.

Note: Toutes les données proviennent des Annuaires Statistiques du Québec, Bilan du Siècle de l’Université de Sherbrooke, Statistiques Canada, Statistiques Historiques du Canada et Canada Year Books