Quand le Québec était le champion des bas impôts

Est-ce qu’une telle période a vraiment? Est-ce comme l’Atlantide, une sorte d’idée mystique et distante relevant d’une image utopique de l’univers? Pas vraiment, à moins qu’on croit que 1960 relève d’une époque lointaine (dans une galaxie vraiment pas trop lointaine?).

Les impôts au Québec n’était pas seulement parmi les plus bas au Canada, mais ils ont baissé entre 1952 et 1960: quelque chose qu’on n’est pas près de voir de nouveau…

Fact Check 5: Dette du Québec

Selon l’affirmation de Pauline Marois, la dette du Québec a augmenté d’un tiers sous le règne de Jean Charest. Est-ce vrai?

Premièrement, la chef péquiste s’est servie de la dette nette – une mesure que je n’aime pas. Pourquoi? Parce que la dette nette prend la dette moins la vente d’actifs tels que les écoles ou les routes. Ces actifs n’ont aucun prix puisqu’il n y a aucun marché pour ceux-ci, par conséquent on peut faire dire un peu n’importe quoi à cette proportion. En plus, lorsque la dette nette est calculée – personne ne considère la valeur marchande des sociétés d’État (Hydro-Québec, la SAQ et Lotto-Québec valent presque autant que la dette brute du Québec). Le calcul est donc quelque peu politique.

Il faut donc prendre la dette brute – celle sur laquelle nous payons des intérêts (11.9% des revenus – la proportion la plus élevée de toutes les provinces canadiennes). Est-ce que Jean Charest a endetté le Québec autant que Marois ne le dit?

La réponse, c’est non. En dépit des changements comptables du gouvernement (une manière étrange de brouiller les cartes), on voit qu’à l’exercice fiscal 2003-2004, la dette brute est à 129.1 $ milliards comparativement à 191.7 $ milliards en 2012-13. Il s’agit donc en effet d’un tiers – en dollars courants. Ceci est donc très trompeur puisque l’inflation et la croissance économique n’ont pas été tenues en compte. En corrigeant pour l’inflation, l’augmentation est nettement moins prononcée. Face à l’économie, le gouvernement Charest a grossi la dette mais pas d’une proportion démesurée même si elle est à un considérablement plus élevé que les autres provinces canadiennes.

 

Fact Check 4: Temps d’attente

Est-ce que les temps d’attente dans les urgences ou en général ont augmenté? La réponse c’est que le progrès est présent à certains endroits. Par exemple, le temps d’attente entre rendez-vous avec spécialiste et traitement (en moyenne) est passé de 10.7 semaines à 9.2 semaines. Toutefois, pour le temps médian d’une porte de service (de l’urgence/rencontre initiale) jusqu’à l’autre porte de service, le niveau actuel est inférieur à celui de 2003.

Fact Check 3: Salaire des femmes

Pendant le débat, Françoise David a affirmé que les femmes gagnaient moins que les hommes par environ 25% en revenus annuel. Est-ce qu’elle a raison? La réponse c’est oui, mais c’est trompeur. Le revenu total est en partie le résultat du nombre d’heures travaillées et les femmes travaillent font moins souvent des heures supplémentaires et lorsqu’elles en font, elles en font moins que les hommes. Elles occupent aussi des emplois moins risqués (le risque créant une rémunération plus élevé). Alors il faut regarder une autre statistique, le taux de salaire horaire. L’écart est plutôt de 11% et il se ferme depuis 1997.

Fact Check 2: Revenu Personnel Disponible

Durant le débat des chefs, François Legault a affirmé que le revenu personnel disponible a augmenté plus lentement qu’ailleurs au Canada. En gros, le Québec marchait pendant que les autres courraient. Jean Charest a dit que c’était faux. Qui a raison? Ni un ni l’autre!

Le Québec a eu une croissance plus vite que l’Ontario et l’Île du Prince-Édouard – alors ce n’est pas vrai que le Québec était dépassait par tous sauf l’Île du Prince-Édouard. Toutefois, face à toutes les autres provinces, le Québec a perdu du terrain (donc sa croissance économique fut plus lente).

Fact Check : Jean Charest et les baisses d’impôts

Ce soir au débat des chefs, Jean Charest a affirmé qu’il a baissé les impôts des Québécois en 2007 permettant ainsi aux Québécois d’avoir un revenu disponible plus élevé en 2012 qu’en 2003. La réponse c’est que c’est vrai, mais la vérité est incomplète. La vérité c’est que les impôts ont baissé davantage ailleurs qu’au Québec – notamment en Ontario. C’était d’ailleurs une observation que mon ami Bryan Breguet avait découvert en 2010 en utilisant le Survey of Labour Income Dynamics. Et soyons clairs, cette baisse d’impôt n’en était pas réelle puisque les taux (chacun des paliers) n’ont pas été baissé. En vérité, ce qui s’est passé, c’est que le seuil non-imposable a été haussé.

Le graphique plus bas démontre comment le Québec demeure plus taxé que l’Ontario en dépit des baisses d’impôts.

Les transferts fédéraux au Québec depuis 1926

Dans mon livre, Grand Rattrapage et Déclin Tranquille: Histoire Économique du Québec depuis 1900 qui sera publié en décembre 2012 aux éditions Accent Grave, je propose que le rattrapage économique et social du Québec a commencé dans les années 1940 et qu’il s’est poursuit au même rhytme pendant la Révolution Tranquille en dépit de l’intervention accrue de l’État. Je propose aussi que – contrairement à la période du grand rattrapage de 1945-1960 – les progrès survenus pendant la Révolution Tranquille sont venus avec une hypothèque.

Une de ces hypothèques c’est les transferts fédéraux. En soit, les transferts ne sont pas pervers et servent une certaine nécessité pour le maintien de la fédération canadienne (je vous épargne mon opinion constitutionnel). Toutefois, ces derniers sont devenus des objets politiques pour lesquels les politiciens peuvent financer des dépenses superflues pour demeurer au pouvoir tout en décourageant l’adoption de politiques publiques favorables à la croissance économique mais qui priveraient certains groupes d’intérêts de leur statut privilégié.

Comme on peut voir, la seule période au cours de laquelle les dépenses sont restés stables (et même diminuer sensiblement) c’est alors que les transferts fédéraux étaient réduits ou maintenus constants. Depuis 2004, on voit aussi que lorsque les transferts augmentent, les dépenses de l’État augmentent aussi. Il s’agit là du côté pervers des transferts fédéraux – ils découragent la saine gestion financière de l’État.

C’est là le principal héritage pervers de la Révolution Tranquille: non seulement celle-ci aurait été presque impossible sans les transferts fédéraux, mais les transferts fédéraux ont contribué à grossir l’État québécois et le favoritisme.