La taille ne compte pas, mais gros c’est beau

Voici un texte que j’ai soumis au Huffington Post Québec afin de démystifier le rôle des petites entreprises dans la croissance économique d’une société

La taille ne compte pas, mais gros c’est beau!

Alors que la frénésie électorale semblait s’établir au cours des dernières semaines, tous les partis politiques en ont profité pour parler de l’économie. Ce ne fut pas long avant qu’on entende le cliché voulant que ce soient les petites et moyennes entreprises qui font rouler l’économie. La réalité est tout à fait différente.  Les grandes entreprises sont généralement plus productives, offrent des salaires et des conditions de travail plus enviables et génèrent une portion plus importante de l’emploi. Les grandes entreprises agissent comme moteur de développement pour les petites entreprises avec lesquelles elles sont en symbiose. Si le Québec veut finir par effacer son retard économique avec le reste du Canada, il est peut-être temps qu’il fasse la constatation que « gros, c’est beau ».

La relation entre grandes et petites entreprises

Au sein des grandes entreprises, la rémunération hebdomadaire moyenne est toujours plus élevée qu’au sein de plus petites entreprises. Selon  les données de Statistique Canada, la rémunération des travailleurs en 2012 dans les entreprises de 500 employés et plus était supérieure de 30.2% à celle des travailleurs dans les entreprises avec moins de 50 employés.  Si les entreprises de 500 employés et plus représentent moins de 1% des entreprises, elles génèrent tout de même 43% des emplois.  Il existe un lien bien documenté entre la taille des entreprises et leur productivité. Puisque la rémunération dépend de la productivité, les salaires sont conformément plus élevés – toutes choses étant égales par ailleurs – dans les grandes entreprises. Ce sont les grandes entreprises – grâce à leur productivité – qui pourront agir comme un moteur de prospérité économique. En fait, elles agiront aussi comme le moteur de développement des petites entreprises.

Lorsque raisonnable, une grande entreprise cherchera à déléguer certaines activités à d’autres entreprises afin de pouvoir mieux se spécialiser. Cette capacité de déléguer dépend principalement du niveau de productivité.  Plus une grande entreprise est productive dans ce qu’elle se spécialise à produire, plus elle est capable de prendre le risque de déléguer certaines de ses activités à des fournisseurs externes. Dans une étude récente sur la productivité des grandes compagnies françaises, il a été constaté que plus la productivité d’une compagnie est grande, plus elle est susceptible de dépendre de petites et moyennes entreprises. C’est pour cela que les grandes entreprises représentent la majorité du volume d’affaires des petites entreprises et explique en bonne partie la croissance de celles-ci. En plus, cette interaction permet au savoir-faire de mieux circuler. En devant observer les manières de faire d’entreprises plus productives et efficaces, les petites entreprises découvrent des nouvelles méthodes, pratiques et types d’opérations qui leur permettront de grandir davantage. Non seulement cela, mais les banques sont généralement plus ouvertes à financer les investissements des petites et moyennes entreprises si ces dernières ont des grandes entreprises comme clients.  En contrepartie, grâce à ces petites entreprises, les grandes peuvent se spécialiser davantage et réduire leurs coûts de produit. Tout ceci permet une baisse du prix des biens et services pour les consommateurs.

Conclusion

La taille des entreprises explique une portion appréciable du niveau de vie des Québécois et des Canadiens.  Selon une étude de la Banque du Canada, la taille des entreprises explique environ la moitié des différences de productivité des travailleurs entre les États-Unis et le Canada.  En 2012, la rémunération hebdomadaire moyenne des travailleurs Québécois était inférieure de 9.4% à celle des Ontariens. Les entreprises de plus de 500 employés représentaient alors 43% des emplois au Québec et 48% en Ontario. Au sein de ce groupe d’entreprises, l’écart est beaucoup plus petit à environ 5% pour un écart d’environ 30$ par semaine de travail égale. Si davantage de Québécois pouvaient travailler dans des grandes entreprises, une partie de l’écart total avec l’Ontario serait effacé en plus de stimuler la demande pour les services des petites entreprises, refermant aussi l’écart pour ce groupe. Il ne faut pas essayer de favoriser un type d’entreprise plutôt qu’un autre. Après tout, la taille ne compte pas.

Ajout : voici un graphique qui montre l’écart de revenus au sein des grandes entreprises au Québec

SalairesTaille