Apprendre des erreurs des autres : les éoliennes en Chine et au Québec

Il y a une nouvelle étude publiée au NBER aux États-Unis concernant la performance du secteur de l’énergie éolienne en Chine. Le résultat? Relativement décevant.

Généralement, en défense de l’aide gouvernementale à l’industrie éolienne, on nous affirme que l’industrie apprendra rapidement et les coûts baisseront. Laissons de côté pour un instant les arguments conventionnels contre les éoliennes et admettons la logique ci-haute. Est-ce que ce phénomène d’apprentissage se produit vraiment?  Avant de répondre, il faut noter que la Chine et le Québec sont relativement comparables à cet égard. Une grande partie du secteur de l’énergie dans les deux endroits sont nationalisés et il y a une certaine coexistence du privé dans la génération, la production, la distribution d’électricité et de combustibles.

Alors pour revenir à la question, la réponse est “oui” mais timidement. Comme le note l’auteur de l’étude, la collaboration entre les fabricants de turbines et les opérateurs de turbines génère d’importantes réduction dans les coûts de production. Cependant, les différents opérateurs apprennent peut des erreurs commises par d’autres opérateurs.  Cette constatation est particulièrement troublante puisque à l’intérieur de chaque industrie, la concurrence force un niveau d’apprentissage entre concurrents. Dans ces secteurs, l’adage voulant que “ce qui tue mon adversaire me rend plus fort” s’applique généralement très bien. Que cet adage ne s’applique pas dans le secteur éolien en Chine indique qu’il n y a pas d’incitations à l’apprentissage aussi fortes que dans d’autres industries.

Les incitations à apprendre des erreurs des autres (la discipline de marché) sont probablement (de mon avis) plus faibles en raison de la présence de l’État. Dans le cas de la Chine, la manipulation des politiciens est une meilleure manière de survivre financièrement que d’être meilleur que nos compétiteurs. Au Québec, avec Hydro-Québec, on a pas vraiment besoin d’innover puisque la décision est politique et non pas économique. Le résultat? Moins de réductions de coûts pour les stades de production et une perte économique nette qui dure plus longtemps que les défenseurs des éoliennes prétendent.

 

 

Déréglementer les tâches médicales entre médécins et infirmiers

Il y a ce débat éternel au Québec à savoir si les infirmiers et infirmières devraient pouvoir effectuer certaines tâches généralement réservées aux médecins. Il est toujours difficile de définir l’espace adéquat qui conserve la qualité sans réduire significativement l’offre de services, mais il y a une nouvelle étude au NBER qui démontre qu’un tel assouplissement serait utile :

(O)ur estimates show that prescription restrictions lead to a reduction in hours worked by nurse practitioners and are associated with increases in physician hours worked. Our analysis of insurance claims data shows that the more rigid regulations increase the price of a well-child medical exam by 3 to 16 %.

Considérant une quantité limitée de fonds public pour l’opération du réseau de la santé, chaque dollar doit être dépensé le plus efficacement possible. Peut-être qu’un médecin fera un nombre sensiblement moins important (en termes d’ampleurs) de dommages en étant le seul à pouvoir faire des prescriptions. Mais il faut se demander si la différence de coûts générée permet d’allouer des fonds ailleurs afin de générer un gain de bien-être total supérieur au gain de qualité produit par les restrictions des tâches des infirmières. Dans ce cas, si on pouvait réduire le coût d’un diagnostic d’un enfant de 16% (au maximum), il s’agit d’une réduction importante qui permettrait de dévouer des fonds à d’autres domaines.

Même si j’admet la présence de gains de qualité (ce que je doute, mais admettons le pour les fins de la discussion), le Collège des Médécins et autres organisations pertinentes devront prouver que ces gains sont supérieurs aux économies produites par l’assouplissement.

Les graphiques du PQ sur la Slovaquie et la Rep.Tchèque

Depuis un certain temps, mes amis péquistes font circuler le graphique suivant comparant la viabilité économique d’un Québec souverain avec celle de la Slovaquie suite à sa séparation de la République Tchèque :

Image

Le graphique suivant laisse croire à une explosion de la croissance économique de la Slovaquie. Avant de mettre les choses en perspectives, je ne cherche à dénigrer la viabilité économique d’un Québec souverain. Je cherche à dégonfler la “spin politique” que plusieurs prennent sur le sujet. Maintenant que mon “disclaimer” est fait, regardez les deux courbes. Que voyez-vous? Qu’elles évoluent ensemble! Les deux pays partagent la même situation macroéconomique tout simplement, la croissance des années 2000 est donc tout fait normale et beaucoup moins impressionnante. Après tout, c’est moins “sexy” de dire que c’est parce que les conditions “macro” étaient meilleures que la Slovaquie s’est enrichie et non pas à cause de la souveraineté. Une explication technique plate, mais vraie.

Mais si on regarde le ratio du PIB per capita de la Slovaquie versus la République Tchèque, c’est pas mal moins “hot” comme “croissance” jusqu’en 2003. C’est seulement après 2003 que le rattrapage a été le plus fort. Est-ce que ca discrédite les bienfaits de la souveraineté slovaque et de sa valeur parrallèle pour le Québec? Non, mais ca nous montre que les graphiques du PQ que les gens nous postent sur facebook sont de la “spin” politique et ca mérite d’être mis en perspective.

Image

Oui, l’argent fait le bonheur

Dans sa récente chronique dans le Journal de Montréal, Mathieu Bock-Côté a commenté la manie des politiciens de “vouloir parler économie”. Même si je partage son scepticisme du désir des politiciens de parler du sujet, M. Bock-Côté a manqué une opportunité de s’informer sur une branche importante de la science économique lorsqu’il affirme que “comme si le bonheur, d’ailleurs, se réduisait à l’accumulation matérielle”. Oui, le bonheur d’un individu peut être “mesuré” de manière approximative avec le revenu.

On peut confirmer cette réalité sur le plan biologique dans des expériences en laboratoire. Lorsqu’un individu effectue un échange avec une autre personne qui enrichit les deux parties, le cerveau humain émet des hormones (oxytocines) qui renforcent le sentiment de confiance interpersonnelle, rendant l’individu plus satisfait.[1]

Non seulement cela, mais il y a une différence importante entre le bonheur émotionnel et la satisfaction à l’égard de la vie.[1]  Le bonheur émotionnel fait référence aux émotions vécues quotidiennement tel que la joie, la tristesse et la frustration. Il n y a pas de liens entre le revenu absolu d’une personne et cette forme de bonheur. Il n y a pas non plus de lien entre cette forme de bonheur et le niveau observé d’inégalités.[2]  La satisfaction à l’égard de la vie fait référence à l’évaluation individuelle de la qualité de vie d’une personne lorsqu’elle prend le temps d’y penser. Cette forme de bonheur est positivement lié au revenu absolu des personnes et il n y a aucun lien avec les inégalités de revenu. [3]  Il semble que chaque augmentation du revenu produit une augmentation proportionnelle du niveau de satisfaction personnelle et ce indépendamment du niveau de revenu initial.[4] Ces résultats s’appliquent tant pour les mêmes pays à travers le temps qu’entre les pays pauvres et riches à un moment donné.

Non seulement cela, mais la richesse permet aux individus de devenir des “threshold earners”. Si un individu est assez productif par heure travaillé pour atteindre un niveau de vie ciblé (alimentation, logement, vêtement et un surplus), il est possible que dés cette cible soit atteinte, l’individu refuse de travailler davantage. En fait, cet individu serait du genre à réduire son offre de travail si il bénéficie d’une baisse d’impôt. Le revenu de cet individu lui permet de réaliser des objectifs de réalisation personnel (cours, voyages, relaxation, hobbies) avec le temps libre qu’il valorise davantage que son revenu provenant de la dernière heure travaillée.

En affirmant le cliché de “l’argent ne fait pas le bonheur”, M.Bock-Côté réitère justement cela – un cliché avec aucun fondement factuel.


[1] Paul Zak et Ahlam Fakhar. 2006. “Neuroactive hormones and interpersonal trust: international evidence”, Economics & Human Biology, vol.4, no.3, pp.412-429; Denise Grosberg, Ryan Merlin et Paul Zak. 2012. What Makes Women Happy: Oxytocin Release Correlates with Life Satisfaction. Claremont, CA: Center for Neuroeconomics Studies and School of Behavioral and Organizational Sciences, Claremont Graduate University

[2] Daniel Kahneman, Ed Diener et John Helliwell. 2010. International Differences in Well-Being. Oxford: Oxford University Press.

[3] Christopher Snowdon. 2012. « Are more equal countries happier? » dans … In Pursuit of Happiness, eds. Philipp Booth. Londres: Institute of Economic Affairs, p.98-127.

[4] Daniel Kahneman et Angus Deaton. 2010. “High income improves evaluation of life but not emotional well-being”, Proceedings of the National Academy of Sciences, vol.107, no.38, pp.16489-16493; Angus Deaton. 2008. “Income, health and wellbeing around the world: Evidence from the Gallup World Poll” Journal of Economic Perspectives, vol.22, no.2, pp.53-72.

[5] Betsey Stevenson et Justin Wolfers. 2008. “Economic Growth and Subjective Well-Being: Reassessing the Easterlin Paradox”, Brookings Papers on Economic Activity, p.1-87.

Pourquoi il y a un marché des vélos volés à Montréal

Radio-Canada rapportait aujourd’hui qu’il existe un vaste réseau de revente de vélos volés. Il est fascinant de voir comment la théorie économique peut expliquer ce phénomène. En effet, considérons les faits suivants :

Bikes are subject to various import duties, that in some cases go as high as 63%.  Here is an example – if BikeBike buys a bike that was made in one of these countries  (China, Taiwan) that bike is subject to a 13% duty if it is a complete bike or an 8% duty if it is just a frameset (frame/fork). If we want to buy a bike from one of these countries that is below the $225 FOB that duty goes up to 63%.

La présence de barrières commerciales à l’importation force le prix des bicyclettes a demeurer artificiellement élevé. Ces prix élevés encourage le vol de bicyclettes (oui, les criminels peuvent être rationnels) lorsque qui peuvent couper le prix du marché. Les voleurs sont aidés dans leurs délits par les marchands qui ferment les yeux sur l’origine des vélos et qui ne conservent pas de relevés de leurs transactions. Ces marchands sont eux aussi gagnants de ce marché de revente. 

Au mieux, l’abolition du tarif à l’importation des vélos réduirait le prix des vélos par au moins 13% (et peut-être plus dépendant de l’élasticité de la demande et de l’offre). Une telle réduction du prix des vélos n’éliminerait pas la totalité du marché de la revente de vélos volés, mais elle lui couperait son souffle. 

Privatization should never be about increasing revenues, but about productivity

The Economist’s most recent edition ponders how privatization of certain crown corporations could be used by governments that are starved for liquidities in the face of large public debts. The claim is that privatization would increase revenues and pay off parts of the public debt. I think that this is the wrong reason to enact a privatization.

The collection of additional revenues to pay off debts is merely a “bonus” of privatization. The point of privatization is to invite market discipline within the company in order to increase productivity as I argued three years ago with regards to privatizations in Greece (here). 

Let’s take the example of postal societies (a topic I am well versed in). In Canada, the privatization of Canada Post would be a long process in order to maximize the revenues from privatization. This is because financial markets cannot absorb huge IPOs of the value of Canada Post in one single shot without seeing the price of assets being diminished. Hence, revenues from privatization would be spread over numerous years and not generate large enough results to have a significant impact on debt servicing. However, Canada Post has a huge productivity differential with private sector equivalent and is stuck with important absenteeism problems. Other postal corporations (see my paper here at the Montreal Economic Institute) which were privatized saw important increases in labour productivity in the first few years which resulted, in the ten years following privatization, in price cuts across the economy. These increases in productivity liberated important quantities of ressources to other ends and increased the rate of economic growth. The point of privatization is to replicate what has happened with postal privatization: increase productivity and privatize risks. The extra revenues are merely desirable side benefits which can be used to reduce the public debt.

If you’re to jump on the privatization bandwagon like The Economist, do it for the right reasons …