Are Anarcho-Capitalists Insane? Living Standards under Medieval Icelandic Conflict Institutions

Along with Peter Leeson, I have a new working paper. In this paper, we empirically revisit the 1979 seminal paper of David Friedman in the Journal of Legal Studies regarding the law and economics of Iceland between 900 and 1262. The case is important because Iceland constitutes the first example in the literature on the economics of anarchy of how governance is a good that can privately be produced and with competition between providers. For nearly three centuries, Iceland was without a formal state (with a monopoly on violence) even though it was home to nearly one hundred thousands individuals. However, sustained private provision does not mean that the outcomes are superior than under formal governance. We decided to see whether Icelanders enjoyed living standards above the rest of Medieval Europe. The paper is available here on my website and the abstract is below:

Medieval Iceland was governed privately. Other territories in medieval Europe were governed partly by government. We exploit that difference to test the conventional wisdom that living standards must be higher under government. Historical data on human height, wages, and population growth measure living standards in Iceland and other territories in medieval Europe. Living standards in those territories do not seem to have been higher than they were in medieval Iceland. Medieval Iceland may be a more impressive example of private governance than is usually believed, and anarcho-capitalists may not be insane to extol it.

La discipline perdue des économies avancées

Dans La Presseje signe un article expliquant que les déficits à répétition ont fragilisé notre capacité à résister à des chocs macroéconomiques. Voici l’article plus bas avec les liens vers les articles scientifiques:

Face aux conséquences économiques de la crise du coronavirus, les gouvernements fédéraux et provinciaux ont été interpellés par plusieurs afin qu’ils agissent pour aider les personnes affectées par le ralentissement de l’activité économique.

S’il existe des mesures d’aide qui sont assurément justifiables étant donné les conséquences économiques du coronavirus, il faut reconnaître qu’il y aura très probablement des déficits budgétaires – même dans les provinces les plus fiscalement disciplinées. Même si ces déficits à venir sont justifiables, ils nous donnent la chance de prendre une leçon d’histoire économique nous forçant à repenser notre rapport face à la dette publique.

Avant les années 70, les surplus budgétaires n’étaient pas une exception (NDLR: Voir cet article de Ruth Dupré de HEC Montréal pour une application québécoise). Les surplus étaient utilisés pour amortir les dettes encourues lors de chocs macroéconomiques (guerres, récessions, catastrophes naturelles et pandémies comme celle qui nous afflige présentement) qui avaient forcé les gouvernements à réaliser des déficits.

Ces déficits étaient excusables dans la mesure où ils étaient générés par des facteurs extrêmes hors du contrôle des gouvernements. Étant perçus comme le résultat d’un choc temporaire, il était clair que la politique optimale était de ne pas changer la politique fiscale et d’emprunter pour un moment. Après tout, la dette encourue allait être remboursée une fois le choc dissipé. C’est pour cela, pour prendre l’exemple du Canada, qu’on n’observe aucune tendance de long terme de la dette publique nette relativement au PIB entre 1867 et 1970.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Depuis 1970, les surplus budgétaires font figure d’exception dans tous les pays industrialisés. Il est difficile d’expliquer ce qui a enclenché cette transition. Certains économistes et historiens économiques soulignent le rôle des idéologies, alors que d’autres soulignent le rôle de la politique monétaire qui empêchait des déficits récurrents. Cependant, la plupart s’entendent quant au mécanisme qui se met en action une fois le processus déclenché : celui de l’illusion fiscale.

Développé par les économistesJames Buchanan (lauréat du prix Nobel d’économie de 1986) et Richard Wagner, ce concept souligne qu’il existe une asymétrie des rendements politiques à l’égard de la politique budgétaire.

Lorsqu’un politicien déclare un déficit, il peut dépenser davantage pour plaire à des parties clés de l’électorat.

Il collecte ainsi des bénéfices politiques (NDLR: Voir aussi le cousin proche de l’illusion fiscale — le “political business cycle“). Les coûts sont reportés vers l’avenir. Cependant, le politicien qui cherche à produire un surplus doit sabrer les dépenses ou augmenter les impôts. Les bénéfices d’un tel effort seront, en bonne partie, ressentis dans le futur. Les coûts, particulièrement pour le politicien, seront ressentis immédiatement. Cette asymétrie des rendements rend les déficits plus politiquement attrayants. Une fois enclenché, ce mécanisme a généré l’accumulation des déficits.

COMMENT ÊTRE « ANTIFRAGILE »

En raison de ce mécanisme, les économies avancées ont perdu la plus grande vertu de la discipline fiscale observée avant les années 70 : lorsqu’une crise survenait, il y avait une marge de manœuvre pour endurer une augmentation temporaire de l’endettement public. Cette marge de manœuvre était importante pour deux raisons.

Tout d’abord, elle permettait de « lisser » la taxation dans le temps. Cela impliquait une certaine prédictibilité du fardeau fiscal puisque les taux de taxation demeuraient stables. Ainsi, les coûts macroéconomiques liés aux chocs temporaires (comme la pandémie actuelle) étaient minimisés. Ensuite, il faut comprendre que les coûts économiques de la dette publique ne sont pas constants.

À de faibles niveaux d’endettement public, l’augmentation de la dette des gouvernements n’a pas le même effet sur la croissance économique qu’à des niveaux d’endettement plus élevés.

Face à des chocs comme la pandémie actuelle, cette marge de manœuvre permet aux économies de s’ajuster rapidement. En sus, cette marge de manœuvre nous rend «antifragile » – c’est-à-dire que chaque choc renforce notre capacité à gérer des chocs futurs.

Cependant, en épuisant la marge de manœuvre disponible, les différents politiciens qui ont récolté les bénéfices politiques des déficits ont augmenté le coût économique de répondre à des chocs imprévus. En somme, ces politiciens nous ont fragilisés. Face au coronavirus, l’imprudence du passé sera coûteuse étant donné les niveaux d’endettement actuel. Dans l’avenir, nous devrions être moins accommodants avec les déficits gouvernementaux. Sans cela, nous serons collectivement plus vulnérables.

The New History of Capitalism and the Methodologies of Economic History

I have a new working paper available. Its co-authored with Judge Glock. It deals with the rising field of “New History of Capitalism” and its methodology. We argue that it is not a new field. It is a continuation of a long tradition. More importantly, its rise speaks to a symptom of a larger problem that plagues the field of economic history. The abstract is below and the paper is available here on SSRN:

The rise of the “New History of Capitalism” as a subfield of historical studies has magnified differences between economists and historians which started to grow during the 1970s. We describe what is and what is not new about the “New History of Capitalism,” and explain how the different methodologies of economists and historians often causes confusion about their fields’ respective advantages and disadvantages. Yet we also emphasize that these different methodologies allow ample room for collaboration between the disciplines.

Pandémie et mondialisation

Dans La Presseje signe un article expliquant que la mondialisation n’est pas à blâmer pour la pandémie du Coronavirus. Voici l’article plus bas avec les liens vers les articles scientifiques:

La pandémie de COVID-19 est un buffet à volonté pour les critiques éternels de la mondialisation – les protectionnistes et les nativistes.

Pour eux, la crise actuelle est l’occasion rêvée de souligner que l’intégration économique des différents coins du monde génère plusieurs effets pervers. L’un de ceux-ci est celui de l’exposition accrue aux risques de contamination.

Soyons clairs : il y a un soupçon de vérité dans leurs propos. Il y a des mécanismes résultant de la mondialisation qui augmentent l’exposition aux risques. Cependant, ces mécanismes ne réduisent que partiellement les gains au niveau de la santé que la mondialisation produit.

Tout d’abord, il convient de souligner que ceux qui s’attaquent à la mondialisation omettent de mentionner que celle-ci pourrait aussi réduire les risques d’une pandémie. Dans un article publié dans Philosophical Transactions of the Royal Society B : Biological Sciences en 2018, cinq chercheurs britanniques ont documenté comment la mondialisation (au moyen du nombre d’individus qui se déplacent) nous expose constamment à des pathogènes qui ne sont pas particulièrement virulents. Cette exposition renforce notre résistance de telle sorte que la probabilité de pandémies virulentes est réduite (sans être éliminée). La nécessité de considérer l’effet net (qui sépare l’effet d’une circulation plus rapide de l’effet de renforcement de résistance) est reconnue par les chercheurs, mais pas par les critiques idéologiques de la mondialisation.

Ensuite, il existe une relation assez bien documentée qui illustre qu’il y a une association positive marginalement décroissante entre le revenu par personne et le niveau de santé d’une population. Lorsqu’on s’enrichit, il est plus facile d’éviter les cas extrêmes de malnutrition et de jouir de diètes plus diversifiées. Il s’agit là d’un effet direct liant la richesse et la santé. Cependant, après un certain niveau de revenu, les gains en termes de santé personnelle provenant d’une augmentation du revenu s’amoindrissent. Il s’agit là d’une idée connue comme la «courbe de Preston », d’après Samuel Preston, qui l’a énoncée formellement au cours des années 70. (NDLR: Voir aussi ici, ici et ici)

Cependant, il faut comprendre que la plupart des pays sur Terre se retrouvent sur la partie de la courbe la plus prononcée. Pour ces pays, les gains de la mondialisation en termes de santé sont les plus importants.

Ainsi, au moyen de l’effet qu’elle génère, la mondialisation a le pouvoir de contrebalancer l’effet provenant d’une plus grande facilité de propagation.

Ensuite, il faut noter deux effets indirects de la mondialisation. L’enrichissement qu’elle génère permet aux gouvernements de produire un éventail plus large de biens publics qui auraient été beaucoup trop dispendieux étant donné le manque de ressources disponibles (en l’absence de mondialisation). Ainsi, les gouvernements peuvent plus facilement investir dans des projets de santé publique ainsi que dans la recherche fondamentale.

Simultanément, ce même enrichissement est fortement corrélé avec la recherche et le développement. En effet, c’est dans les pays les plus riches que l’on retrouve les proportions les plus importantes du produit intérieur brut (PIB) qui sont allouées à la recherche et au développement de nouvelles technologies, particulièrement dans le domaine de la santé. Ainsi, ce sont les sociétés les plus riches qui peuvent investir dans la prévention et le traitement des maladies de l’appareil circulatoire et du cancer. C’est pour cela qu’on observe une augmentation continue de l’espérance de vie après 65 ans depuis les années 20 (de 78 à 83,8 ans chez les hommes).

Il y a très peu de documentation sérieuse liant systématiquement la mondialisation à une détérioration nette des conditions de santé.

Un survol de la littérature scientifique produite par les historiens économiques et les historiens de la santé suggère d’ailleurs que les dommages économiques et démographiques causés par les différentes pandémies du XXe siècle ont diminué en importance (relativement à l’économie et à la population mondiale).

Ainsi, il convient de mettre de côté ces critiques de la mondialisation qui se servent de la crise actuelle pour répéter ce qu’ils auraient dit de toute façon.

 

À propos de: Au Petit Bonheur la Science

Dans La Presse, Pierre Tircher produisait vendredi une réponse à mon article de mardi résumant les travaux d’Angus Deaton, Daniel Kahneman, Megan Teague et al. Je produis ici une contre-réponse.

La première affirmation avancée par M. Tircher veut j’ai choisi les éléments de l’article de Deaton et Kahneman qui m’intéresse. En conséquent, j’ai ignoré les autres éléments. Plus précisement, j’ai décidé d’ignorer les mesures de “bonheur émotionnel” afin de privilégier les mesures de “satisfaction de vie”. En effet, j’ai fait cet effort tout simplement parce que Deaton et Kahneman croient justement que les résultats sur la “satisfaction de vie” sont ceux qui sont pertinents.  Vers la fin de l’article, ils expriment clairement qu’ils croient que la “satisfaction” est une mesure “pure” du bonheur:

We speculate that the Cantril ladder of life is a purer measure of life evaluation than the life satisfaction question, which has an emotional aspect, and that the reports of the emotions of yesterday provide a purer measure of emotional well-being than the standard happiness question (…) The Cantril ladder is a serious contender for the best tool for measuring the degree to which individuals view themselves as achieving their goals, both material and other.

Et cet opinion est de plus en plus partagé parmi ceux qui étudient les relations entre “bonheur” et “revenu”. En effet, cet article dans Social Indicators Research conclut que la satisfaction de vie (basée sur l’échelle de Cantril) est nettement supérieur pour mesurer le bien-être des individus. (Voir aussi ces écrits de Deaton dans Journal of Public Economics qui réitèrent ce point)

Ensuite, il faut comprendre les types de données utilisées par Deaton et Kahneman qui les poussent à faire cette affirmation. Ils utilisent des données dites en “coupe transversale” c’est-à-dire des données sans variable de temps (par exemple, un recensement est un ensemble de données en coupe tranversale). À plusieurs reprises dans d’autres articles, ils ont souligné qu’il faut être prudent à l’égard de ce genre de données puisqu’il ne nous dit pas l’effet d’augmenter le revenu et/ou si le point de satiation entre bonheur (tant satisfaction de vie que bonheur émotionnel) se déplace vers le haut. D’ailleurs, M. Tircher se garde bien de souligner une phrase importante dans l’article de Deaton et Kahneman:

When interpreting our findings, it is essential to distinguish changes from differences. Our data speak only to differences; they do not imply that people will not be happy with a raise from $100,000 to $150,000, or that they will be indifferent to an equivalent drop in income. Changes of income in the high range certainly have emotional consequences

Dans un article du American Economic Review, Justin Wolfers et Betsey Stevenson ont remedié à cette limitation en utilisant des données d’enquête qu’on peut suivre dans le temps pour une multitude de pays. Voici le résumé qu’ils produisent de leur étude:

Many scholars have argued that once “basic needs” have been met, further rises in income are not associated with further increases in subjective well-being. We assess the validity of this claim in comparisons of both rich and poor countries, and also of rich and poor people within a country. Analyzing multiple datasets, multiple definitions of “basic needs” and multiple questions about well-being, we find no support for this claim. The relationship between well-being and income is roughly log-linear and does not diminish as incomes rise. If there is a satiation point, we are yet to reach it.

Il faut souligner que cette conclusion s’applique à tous les genres de mesure du bonheur (pas juste satisfaction de vie) qu’on peut générer. La conclusion qu’il n’existe aucun point de satiation entre bonheur et le revenu est relativement bien partagée depuis environ une dizaine d’années grâce à des avances importantes dans les méthodes statistiques et la qualité des données. Par exemple, le Journal of Applied Econometrics  a publié un article démontrant, utilisant une méthode encore plus sophistiqué que Wolfers et Stevenson qui conclut que:

Overall, we find no evidence of a satiation point, which is in support of Stevenson and Wolfers

En fait, ceci est cohérent avec une idée alternative provenant de certains résistants à la nouvelle conclusion qui se cimente depuis Stevenson et Wolfers (2013). Le point de satiation n’a pas besoin d’être stable et peut être repoussé. Dans un article du Journal of Economic Behavior & OrganizationDavid Clingingsmith trouve qu’il y a un point de satiation mais il se trouve à 200,000$ et non pas 75,000$ – un point qui se déplace.

Quant au dernier point de M. Tircher concernant ma lecture de Teague et al., il suffit de souligner que Rosemarie Fike et Virgil Storr (deux des auteurs) sont des amis personnels. J’ai parlé avec eux (particulièrement avec Rosemarie) du sujet de cet article dans Constitutional Political Economy. J’ai confirmé avec eux ma lecture de cet article et concernant le point de la corruption que M. Tircher fait. Ils soulignent que ma lecture est la bonne particulièrement parce que la mesure de la liberté économique qu’ils utilisent (dont je n’ai pas discuté dans mon article) est corrélée négativement avec la corruption et avec le revenu par personne. Ainsi, ils établissent un argument de co-dépendence entre liberté économique et positivement revenu (les deux se renforcent même si ils ont des effets séparés). La lecture de M. Tircher n’est donc pas celle des auteurs eux-mêmes.

New working paper: State Capacity and the Post Office: Evidence from 19th Century Quebec

Earlier this week, Michael Makovi and I submitted the following paper for publication. It concerns the theory of state capacity and its measurement. We argue that one of the proposed channels from which strong and capable states are able to foster economic development is not generalizable. That channel, the Post Office’s role as market coordinator, has been used frequently especially in economic history. We use the insights proposed by others to test it in Quebec between 1831 and 1861 (an area for which there is excellent data). The abstract is below and the paper is available here on SSRN: 

The theory of state capacity predicts that states with powerful abilities—as long as they are constrained—can promote economic growth, because these abilities can serve to support market development. A difficulty in the study of state capacity relates to its measurement. Some scholars, especially in economic history, argue that post offices area proxy for government effectiveness and state capacity (Chong et al., 2014; Acemoglu et al., 2016; Rogowski et al., 2017; Jensen and Ramey, 2019), because a well-functioning communication network helps markets operate. We test whether this claim is generalizable by using data from nineteenth century Quebec. We use a difference-in-difference method to estimate the effect of gaining, or losing, a post office on the value of agricultural output per acre between 1831 and 1861. We find no treatment effect, implying that post offices had no relationship with agricultural productivity. This may suggest that post offices are not a valid proxy for state capacity or, at the very least, that they do not constitute generalizable evidence

Divergence, convergence, and the history-augmented Solow model

A few weeks ago, Vadim Kufenko, Klaus Prettner and I received news that Structural Change and Economic Dynamics accepted our paper “Divergence, convergence and the history-augmented Solow model“. The paper is available here at the journal’s webpage and the abstract is below:

We test the recently proposed history-augmented Solow model with respect to its predictions on the evolution of cross-country income inequality between nowadays industrialized countries. Using a broad range of deterministic and stochastic simulations, we illustrate that the model predicts the following pattern. There is low cross-country income inequality before the Industrial Revolution (during the period of “Malthusian Stagnation”), strongly increasing cross-country income inequality afterwards (the period of “The Great Divergence”), and finally declining cross-country income inequality toward a level that is higher than the level before the Industrial Revolution (the period of “Club Convergence”). Tests on the structural break of the observable time series of income dispersion and segmented regressions show that this development is fully consistent with the empirical evolution of cross-country income inequality since the late 19th century. Additional tests using quadratic polynomials, fractional polynomials, polynomial ridge regressions, and polynomial LASSO regressions confirm this finding.