Maurice Duplessis était pro-travailleur

Suite à la publication de mon récent article dans le Huffington Post, on m’a affirmé que mes affirmations sur les revenus des travailleurs Québécois et sur les progrès sociaux du Québec à l’époque manquaient la cible quant à ce qu’était la grande noirceur. On m’affirme que la Grande Noirceur se définit au niveau des institutions. Jusqu’ici je suis d’accord. Toutefois, je ne suis pas d’accord que l’opposition du régime Duplessiste aux syndicats est un signe de retardation. En tant qu’économiste, je ne fais pas une équation automatique dans ma tête entre “pro-syndicat” et “pro-travailleur”.

La mythologie veut que Duplessis était anti-syndicaliste, ce qui est vrai. Ceci ne veut pas dire que le taux de syndicalisation diminuait. En fait il augmentait même si il demeurait bien en dessous des niveaux observés aux États-Unis, en France et en Grande-Bretagne.

Toutefois, Duplessis tentait plutôt de créer un équilibre entre employeurs et syndicats afin d’éviter des abus des deux parts. Ceci explique pourquoi Duplessis a crée la Commission des Relations Ouvrières qui devint ensuite la Commission des Relations du Travail afin d’éviter les conflits protractés entre syndicats et employeurs. Ceci explique aussi pourquoi Duplessis a continué de donner des dents au Bureau d’Hygiène Industriel qui s’assurait de créer des normes de travail de base pour les travailleurs. Notons aussi le financement de la Clinique de Réhabilitation de Montréal qui visait à permettre aux travailleurs blessés de retourner au travail.

En dépit de la faiblesse relative des syndicats Québécois face à leurs contreparties des États-Unis, France ou Grande-Bretagne, les salaires et revenus des Québécois ont augmenté plus rapidement que chez ces derniers. Il faut croire que l’absence des syndicats n’est pas nécessairement nocive aux travailleurs. “Anti-syndicaliste” ne signifie pas “anti-travailleur”.

Alors pourquoi Duplessis est-il vu comme anti-travailleur?  La raison la plus probable se retrouve dans son opposition acharnée à la syndicalisation du secteur public. Les centrales syndicales ne lui a jamais pardonné cette position, qu’il partageait pourtant avec Franklin Delano Roosevelt, président américain démocrate de 1932 à 1945.

Selon la logique de Duplessis, les travailleurs du secteur public étaient les seuls à produire les services de l’État. Aucune entreprise ne pouvait se substituer à l’État. De l’avis de Duplessis, la syndicalisation du secteur public aurait donné trop de pouvoirs aux fonctionnaires qui auraient fini par prendre les contribuables en otage et abuser de leur puissance pour avantager leurs intérêts avant ceux du public. La littérature économique à cet égard est plutôt riche (allant des travaux de Richard Freeman au National Bureau of Economic Research à ceux de Reynolds, Mueller, Robinson, Gramlich et Courant). Deux travailleurs à compétences égales dans des emplois à charge égale auront des revenus très différent si l’un d’entre eux travaille dans le secteur public. C’est celui qui travaillera pour le public qui aura un salaire plus élevé parce que son pouvoir de négociation est plus grand, personne ne peut le remplacer. D’autre part, le politicien n’essaie pas de maximiser son profit d’entreprise lorsqu’il négocie avec le syndicat de la fonction publique, il cherche à maximiser ses chances de ré-élection. Aux yeux du politicien, pelleter les problèmes vers l’avant est une bonne option.

Par conséquent, doit t’on en vouloir à Duplessis d’avoir refuser de syndiquer la fonction publique? À première vue, il semble qu’il avait raison. Lorsque les libéraux ont permis la syndicalisation du secteur public, les conflits de travail se sont multipliés à la vitesse grand V et les contribuables ont été maintes fois pris en otage.

Est-ce que je considère l’opposition au syndicalisme dans la fonction publique comme un “signe” de grande noirceur? Pas du tout! Si les travailleurs non-syndiqués du Québec s’enrichissaient plus rapidement que les travailleurs syndiqués de l’Ontario, des États-Unis, de la France ou de la Grande-Bretagne alors que l’État assurait les normes de travail de base, une commission des accidents de travail ainsi que des services de réadaptation et d’arbitrage, les syndicats ne devaient pas être une force essentielle au rattrapage économique et sociale du Québec entre 1945 et 1960. En plus, si les syndicats se sont par la suite servis de leurs pouvoirs pour redistribuer de la richesse vers eux, je ne juge pas cela comme une grande modernisation.

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