Fausses hypothèses, faux résultats

Alors que je m’apprête à publier mon livre sur la Grande Noirceur et la Révolution Tranquille, je viens finalement de comprendre comment on entretient des mythes.

En effet, j’ai longtemps été perplexe face à mes résultats en comparaison avec ceux de l’économiste Pierre Fortin de l’UQÀM qui affirme que le revenu réel par personne active au Québec a augmenté aussi vite qu’en Ontario. En somme, Fortin affirme que le Québec ne pouvait pas fermer l’écart. Ce dernier a fait l’hypothèse pour toute la période de 1926 à 1960 que les prix au Québec étaient plus bas de 10% qu’en Ontario. À première vue, je n’ai pas critiquée cette hypothèse, je trouvais simplement que prendre la population active (15 à 65 ans) n’était pas une mesure adéquate de la qualité de vie puisque les enfants de moins de 15 ans doivent aussi profiter du revenu obtenu.

Cependant, alors que je relisais un article sur les prix au Canada entre 1883 et 1923 qui utilisait les prix produits dans les rapports annuels des pénitenciers, j’ai été frappé de remarquer que l’hypothèse du 10% était fausse. En effet, entre 1883 et 1923, j’ai remarqué que les prix observés à Montréal étaient souvent plus élevés (beaucoup plus) que ceux observés pour Kingston, mais qu’ils convergeaient pour atteindre le même niveau.

Mais il s’agit seulement de Kingston ici, une ville nettement plus petite que Montréal et moins active économique, on peut donc présumer que les prix étaient plus bas. Cependant, la tendance est indicatrice, surtout au cours des années 1920. Et ensuite? Il existe d’autres indices de prix qui montrent qu’entre 1900 et 1910, les prix étaient plus élevés à Montréal qu’à Toronto (deux villes comparables) et que par la suite, les écarts étaient nettement inférieurs à 5%. En fait, plusieurs années, les prix étaient plus élevés à Montréal qu’à Toronto.

En moyenne pour les temps de paix, l’écart environne 3.5%.  Même si on compare des villes plus petites Québec avec Hamilton en Ontario (villes comparables), on remarque que les prix étaient en moyenne inférieurs d’à peine 4.5% au Québec en période de paix.En plus, en utilisant les indices de prix de Statistiques Historiques de Statistiques Canada pour les villes (disponible à partir de 1940),on peut lier les données de Montréal à une année précise de Toronto (1949 dans notre cas – où les prix de Montréal en 1955 seraient exprimés en dollars de Toronto de 1949) et estimer la différence de prix. Même si ce n’est pas une mesure parfaite, on remarque que les prix à Montréal étaient plus élevés qu’à Toronto par environ 2,4% entre 1940 et 1960. Ce n’est seulement qu’au cours des années 1960 et 1970 que les prix commenceront à être plus bas à Montréal qu’à Toronto.

Toute l’analyse des revenus réels des Québécois qui ne tient pas compte de ces différences de prix ou qui tient compte d’une mauvaise différence de prix produira une fausse image de la réalité. Le Québec n’a pas stagné relativement à l’Ontario entre 1945 et 1960. En prenant les indices de prix de Statistiques Canada (tout en comparant avec les autres indices), on remarque que le Québec a effectué un rattrapage important après avoir décliné tout au long des années avant 1945!

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