Le français à Montréal : une autre note de bas de page omise!

L’ensemble du débat sur le déclin ou sur les progrès du français revient à un seul élément : le multilinguisme.  Sans verser dans la caricature, ceux qui voit un déclin assume que le multilinguisme ne crée aucune distorsion des statistiques. Ceux qui comme moi voient un progrès affirment que le multilinguisme brouille les statistiques et qu’il faut regarder la connaissance et l’utilisation de plusieurs langues équivalentes dans un ménage. Chez les immigrants, ce point est particulièrement important – même chez les enfants des immigrants. Pour voir un déclin, il faut omettre cette réalité et aussi ne pas lire les notes en bas de page des tableaux du recensement.

Je viens d’une famille italienne d’origine et l’anglais est la première langue que j’ai appris conjointement avec l’italien (que je parle très peu fréquemment) et le français qui est ma langue de tous les jours.  Nous sommes tous des immigrants de 1ère ou 2ème génération. Mon père parle en italien à ma grand-mère et ma sœur (qui elle parle en français et a été toute son enfance à l’école française), ma mère parle en anglais et français avec moi et mon père me parle principalement en français, j’ai été à l’école en français jusqu’à la fin de mon baccalauréat. Je sors avec une Saguenéenne qui parle les deux langues avec moi à la maison et français au bureau. Mon frère a mariée une allemande qui parle allemand avec ses enfants, mais mes neveux et nièces me parlent français exclusivement et comprennent l’anglais. Avez-vous suivi? Pas besoin, c’est mon point! C’est très difficile de savoir quelle est la langue d’usage dans un tel contexte.

Lorsque ma famille a rempli le recensement, nous avons inscrit trois langues différentes comme langue d’usage puisque nous ne mesurons pas les « parts » du français, de l’anglais et de l’italien chez nous. Et il y a des milliers de familles comme nous comme je le notais hier (60,000 personnes en 2006 et plus de 100,000 en 2011). C’est assez significatif pour créer une distorsion de la réalité si on regarde uniquement la langue la plus souvent utilisée.

Par contre, si on regarde les « combinaisons » de langue, on peut capturer une partie des effets du multilinguisme. Selon les données de Statistiques Canada, il y a sept combinaisons : français uniquement, anglais uniquement, autre uniquement, français et anglais, français et autre, anglais et autre et autres combinaisons.

Entre 2006 et 2011, pour la région métropolitaine de Montréal, « anglais seulement » a diminué et « autre uniquement ». La catégorie « français uniquement » a diminué aussi – de plus de 3 points. Toutefois, « français et autre » a augmenté de 2 points, ce qui est plus rapide que « anglais et autre » et « français et anglais » a augmenté de manière important. Toutefois, « autre combinaisons » (qui inclut le trilinguisme) a augmenté de 1,2 points. Et c’est ici que l’erreur des apologistes du déclin débute. Selon Statistiques Canada, « plus de 80 % de cette catégorie est constituée des situations de trilinguisme incluant le français, l’anglais et une autre langue. » Dans la région métropolitaine de Montréal, on parle quand même de plus de 100,000 personnes en 2011, assez significatif vous admettrez.

Si on ajoute « français uniquement », « français et autre », « français et anglais » et 80% de « autre combinaisons », on remarque que le français était présent dans 77.12% des ménages en 2006 contre 77.18% en 2011, ce qui est inférieur au 77.92% de 2001, mais difficilement un « déclin » tragique considérant le changement de la composition démographique de Montréal et de son poids à l’intérieur du Québec. En somme, tout ce qui se passe c’est que les ménages montréalais mélangent agréablement les langues comme ma famille tout à fait étrange le fait.

En gros, les apologistes du déclin tombent dans le piège de base qui guette tous les statisticiens et économétriciens en herbe : celui des définitions des variables et de la bonne définition du modèle pour tirer des conclusions. Toute conclusion avec des statistiques est sensible aux hypothèses utilisées. En niant la réalité du multilinguisme, les apologistes du déclin font un peu comme le gars au limbo qui lève la barre pour pouvoir mieux passer en dessous. C’est drôle, mais ce n’est pas rigoureux!

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