Les vraies mesures d’austérité

Alors que la Grèce met en place son nouveau plan d’austérité, il est utile de se demander s’il existe des cas historiques dans lesquels les gouvernements ont réduit les dépenses publiques en période de crise économique. Étant moi-même un historien économique, il s’agit d’un enjeu que j’étudie de proche et pour lequel j’ai trouvé deux exemples pouvant être étudiés: les États-Unis pendant la récession de 1920 et 1921 et la Grande-Bretagne de 1929 à 1935.  De ces exemples, on peut conclure qu’il faut non seulement réduire les dépenses, mais aussi libéraliser l’économie pour libérer les entrepreneurs d’un carcan réglementaire qui les étouffe et d’une fiscalité qui les écrase.

La récession américaine de 1920-21

La récession américaine de 1920-21 fut qualifiée de « sévère », « profonde » et « rapide » par l’économiste Milton Friedman. En effet, un bref survol de la littérature nous permet de constater que l’économie s’est contractée de 2.4 % à 13.4%. Quant au chômage, il passa de 2.3% en 1919 à 11.7% en 1921. De plus, il y eut une déflation très rapide : en moins d’un an, toute l’inflation que les États-Unis avaient vécue depuis l’entrée du pays dans la Première Guerre mondiale fut effacée.  

Quelle fut la réaction du gouvernement américain? Il a réduit ses dépenses et les taux d’imposition qui avaient augmenté exponentiellement pendant la guerre. Le président républicain, Warren Harding, coupa les dépenses de moitié entre 1920 et 1922 tout en entamant des réductions d’impôts pour tous. De plus, la banque centrale américaine ne joua aucun rôle significatif dans cette récession. En somme, au lieu de ne rien faire, le gouvernement décida d’en faire moins! La reprise suivit rapidement en 1922 et l’économie avait rattrapé toutes ses pertes en 1923. Certains estiment même que, dès 1922, l’économie avait rattrapé tout le terrain qu’elle avait perdu. 

L’économiste Daniel Kuehn, quant à lui, démontre que les politiques de réduction de dépenses n’eurent aucun effet immédiat. Sur un horizon plus long, il semble que cette approche fut bénéfique, puisque la reprise fut causée par une réduction des obstacles gouvernementaux pour les entrepreneurs. Au cours des années 1920, les réductions successives des taux d’imposition permirent de stimuler l’investissement privé. De plus, l’administration républicaine élimina plusieurs réglementations instituées pendant la guerre, notamment les contrôles de prix et réglementations sur l’entrée dans certains marchés. Ici, nous avons la principale leçon à tirer de cet épisode – l’austérité peut aider à long terme, mais il faut tout d’abord permettre à l’offre de s’ajuster! 

La Grande-Bretagne entre 1929 et 1935

L’exemple de la Grande-Bretagne pendant la Grande Dépression est encore plus pertinent puisqu’il existe de nombreuses études qui se concentrent sur la combinaison des mesures pour atteindre l’équilibre budgétaire et l’ajustement de l’offre. 

Entre 1929 et 1931, l’économie britannique se contracta de 5.8%, une baisse considérable. La situation des finances publiques britanniques était périlleuse de l’époque et la dette du pays, gargantuesque. Le gouvernement britannique réduisit ses dépenses afin de rétablir l’équilibre budgétaire. Dès 1934 tout le terrain perdu fut rattrapé et en 1936 le revenu moyen par habitant ajusté pour l’inflation était 9.6% plus élevé qu’en 1929. 

L’économiste Kent Matthews est d’avis que la croissance économique dans le long terme aurait été menacée sans politique d’austérité. Il ajoute que la Grande-Bretagne a pu se rétablir rapidement parce qu’elle n’a pas étouffé l’offre. Un autre économiste, Nicholas Crafts de l’Université de Warwick, abonde dans le même sens que Matthews et ajoute que c’est le marché de la construction qui relança la croissance économique. Il estime que la faible réglementation du secteur de la construction et des lois très souples au niveau du zonage expliquent cet essor. 

Ces deux auteurs arrivent à la même conclusion : pour le long terme, les mesures d’austérité sont nécessaires, mais elles doivent être combinées à des mesures libérant la créativité des entrepreneurs.

En contre-exemple, il suffit de regarder les États-Unis qui abandonnèrent les politiques adoptées par les républicains au début des années 1920. Entre 1929 et 1935, les dépenses augmentèrent rapidement,  une multitude de nouvelles réglementations furent introduites ainsi que plusieurs hausses importantes des taxes et impôts. Ces  politiques expliquent la performance économique décevante des États-Unis pendant ces années et ont en fait prolongé la crise. Entre 1929 et 1939, les Américains vécurent une période de faible croissance et même en 1939, alors que la Seconde Guerre mondiale débutait, ils n’avaient toujours pas rejoint le niveau de vie dont ils jouissaient en 1929. 

Pour des pays vastement endettés, comme ceux de l’Europe aujourd’hui (et peut-être les États-Unis aussi), les politiques d’austérité sont nécessaires pour assurer la croissance économique à long terme. Toutefois, l’austérité est insuffisante si on ne libère pas les entrepreneurs d’un carcan réglementaire qui les étouffe et d’une fiscalité qui les écrase. Ce sont là les leçons à tirer du passé.

AJOUT: Quelles coupures de dépenses parle-t’on vraiment?

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