Avant la nationalisation du transport en commun

En 1951, l’administration municipale de Montréal a décidé de nationaliser le transport en commun et d’opérer le réseau d’autobus et tramways. Auparavant, les opérations étaient assurées en partie par la Montréal Tramways Company. Depuis, les coûts ajustés pour l’inflation par voyageur n’ont pas cessé d’augmenter.

Mais avant 1951, quelle était la performance des compagnies privées? Selon les Annuaires Statistiques du Québec, le nombre de voyages a augmenté de 81% entre la période 1935-1939 et 1950. Et pourtant, en ajustant pour l’inflation, les coûts par voyage ont diminué sensiblement par 0,76%.

Si la planification du transport en commun ainsi que l’opération de ce service était demeuré dans les mains du privé, est-ce que cette tendance se serait poursuivie. Une question valide que peu se demandent lorsqu’ils parlent d’améliorer le service de la STM.

Taux d’imposition effectif sur le revenu, 1960

On dit que les Québécois sont aujourd’hui les plus taxés au Canada et en Amérique du Nord. Qu’en était t’il en 1960? Il est difficile d’avoir accès aux paiements individuels d’impôts, mais il existe des statistiques agrégées qui nous sont utiles. Voici l’imposition effective moyen des Montréalais, des Québécois et des citoyens de Hull (comment est-ce que je les appelle???) relativement aux autres villes canadiennes.

En 1960, les Québécois payaient moins de taxes et impôts qu’ailleurs au Canada. Il n y a que les Montréalais qui en payaient plus que les citoyens d’Halifax.

Quelle révolution?

Est-ce que la Révolution Tranquille a permis aux Québécois de s’enrichir? Les Québécois s’enrichissaient à l’époque, alors ca doit être vrai. En effet, la croissance économique au Québec était plus rapide au cours des années 1960 qu’au cours des années 1940 et 1950. Néanmoins, elle s’est accélerée en Ontario aussi et en Nouvelle-Écosse aussi…

Ce n’est pas révolutionnaire si tout le monde le fait en même temps, ca s’appelle être dans l’ère du temps. Vous ne me croyez pas? Ok! Regardons l’ensemble des indicateurs de revenu personnel au Québec entre 1945 et 1975. En somme, observons ce qui se passait pendant la Grande Noirceur et la Révolution Tranquille. Dites-moi si vous voyez une brisure dans la tendance?

Voyez-vous une brisure? Vraiment là, parce que je me demande si je suis aveugle. Après tout, la Révolution Tranquille est supposément la période de libération économique des Québécois! N’est-ce-pas?

Soyons clairs, la Révolution Tranquille n’a rien de révolutionnaire. Certes, un Québécois en 1975 avait une meilleure qualité qu’en 1960 et si je devais choisir entre naître en 1960 et 1975, je prendrai 1975 parce que j’aurai grandi avec davantage de moyens. Mais si j’étais un Québécois en 1960 et que je me souciais de rattraper économique l’Ontario et égaler le niveau de vie de ses habitants, je serai indifférent entre 1960 et 1975 (en ce qui concerne le rhytme de rattrapage et non pas le niveau).

Note: Pourquoi j’utilise des dollars de Toronto de 1960$ Parce que les indices de prix provinciaux n’existent pas avant 1979 et j’ai des indices de ville – crées avec des paniers plus petits que ceux de l’IPC – que je me sers pour estimer l’inflation. Néanmoins, la littérature économique relate souvent les difficultés techniques des séries utilisants un indice inter temporel seulement lorsque les prix sont composés avec de petits paniers (voir Emery et Levitt, 2003 dans Canadian Journal of Economics). Il faut donc les attacher à une région aussi. C’est pour cela que vous verrez les comparaisons que je fais par section de temps. Tout avant 1975 utilisera les indices de prix urbains crées par les économistes Emery et Levitt dans CJE en 2003 et les Statistiques Historiques du Canada pour Montréal. Après 1975, je me servirai des indices de prix de Statistiques Canada qui seront seulement comparés dans le temps et non pas par région. Notez que pour la période avant 1975, si j’utilisais un indice non-régional, mon argument serait plus fort parce qu’il accentue les tendances observées. Alors, mon estimation est plus conservatrice ici.

Le déclin tranquille du Québec, 1926 à 2009

Mon ami Martin Coiteux a publié récemment un graphique sur la part de l’économie  et de la population du Québec au sein du Canada entre 1960 et 2010.  Néanmoins, Martin innove en illustrant la part du Québec dans les revenus fédéraux – quelque chose que je n’avais pas vu encore mais dont je me doutais.

Toutefois, l’histoire de Martin est incomplète puisqu’on a un indice de PIB qui remonte jusqu’à 1926 pour le Québec et le Canada. En remontant aussi loin, on voit qu’à une époque, le Québec ne déclinait pas, il rattrapait sensiblement ou du moins, il ne perdait pas de terrain. Ce que je remarque de ce premier graphique c’est que le Québec a (depuis 1926) toujours contribué moins à l’économie canadienne que son poids démographique l’aurait suggéré.

Mais ce graphique ne m’en dit pas assez pour que je sois satisfait. Pour être satisfait, je propose qu’on regarde l’écart entre la contribution du Québec à l’économie canadienne et sa contribution à la population canadienne. Allons y en regardant trois périodes particulièrement intéressantes: la Grande Noirceur (1945-1960), la Révolution Tranquille (1960-1976) et l’après Révolution Tranquille (1976-2009). Voici ces graphiques avec les courbes de tendance de l’époque.



Alors voici ce que je vois:

  1. entre 1945 et 1960, le Québec maintient sensiblement sa part et il y a des chances que si la tendance s’était continuée, le Québec aurait pu fermer l’écart;
  2. le déclin s’installe pendant la Révolution Tranquille
  3. Par la suite, l’écart est stabilisée