L’image surfaite du Québec en matière d’inégalité (2)

Pour continuer dans la série de billets que je publie sur l’état des inégalités économiques au Québec, j’ai décidé de publier un billet qui compare les parts des budgets des ménages allant à la nourriture. Il s’agit d’une bonne mesure de l’inégalité réelle puisqu’elle représente une inégalité de consommation. Ultimement, les différences de niveaux de vie apparaissent dans des différences dans les parts du  budget consacrées à différents items de consommation et ils nous informent du niveau d’inégalité au sein des sociétés. Une société riche et égalitaire devrait avoir de très faibles parts des dépenses allant à l’alimentation des ménages et les écarts entre riches et pauvres devrait être conformément plus petit. Ceci contourne le problème (le supposé problème) du coût de la vie au Québec (qui n’est pas vraiment plus bas en réalité).

Quand on regarde ces données, les pauvres du Québec doivent dépenser une portion plus importante de leurs budgets à la nourriture que les pauvres de l’Ontario, mais ils sont beaucoup plus loin riches que ce n’est le cas en Ontario. En plus, il s’agit d’une réalité constante depuis 1969. L’image du Québec en matière d’inégalité est surfaite.
FoodExpend

Inégalités de consommation

J’ai décidé de reprendre l’un des graphiques que j’avais fait qui comparait le taux de présence de biens ménagers au Québec chez les ménages les plus pauvres du Québec relativement aux ménages les plus pauvres dans les autres provinces. Toutefois, je cherche à savoir quel est l’écart entre les ménages pauvres et les ménages riches à l’intérieur de chaque province. Plus le pourcentage dans le graphique ci-dessous est bas, plus l’écart de bien-être matériel entre riches et pauvres est grand.

RatioPresence

Au Québec, le taux de présence d’air climatisé chez les ménages pauvres est égal à 45% de celui des ménages riches. En Ontario, cette proportion est de 71.6%. À l’exception de la télévision satellite, l’écart de bien-être matériel est nettement plus grand entre les pauvres et les riches du Québec qu’entre les pauvres et les riches de l’Ontario. Ainsi, il y a une plus grande égalité en Ontario au titre du confort matériel qu’au Québec. Ceci s’applique à tout les biens hormis la télévision satellite. Le Québec est un endroit moins égalitaire qu’on le croit.

Une image surfaite: les inégalités au Québec depuis 1969

Depuis longtemps, plusieurs commentateurs (particulièrement à l’IRIS) nous rappellent que le Québec a été meilleur que les autres provinces canadiennes pour réduire les inégalités. Le tableau plus bas (le ratio du revenu ajusté des personnes selon leur centile de revenus) illustre bien le propos des tenants de cette position: le Québec a vécu une augmentation beaucoup moins importantes des inégalités de revenus.

RevenusPersoInégalité

Le revenu, sur lequel se base les mesures d’inégalité, a tendance à surestimer les inégalités réelles.  Il en est ainsi parce que le revenu n’est pas nécessairement une mesure de l’utilité et du bien-être généré par l’acquisition de biens. En sus, le revenu est aussi très variable au cours d’une vie – contrairement à la consommation qui est beaucoup plus constante. Avec le vieillissement de la population, une proportion grandissante de la population vit d’un revenu qu’elle a épargné au cours de sa vie et n’a donc aucun revenu.  Mais sa consommation reste relativement stable. À l’inverse, un étudiant aura un revenu très bas avec un niveau de consommation que ce faible revenu ne pourra pas éternellement financé. Ayant choisi d’emprunter pour consommer, il pourra financer l’acquisition d’une formation avec un rendement qui justifiera un revenu plus élevé dans l’avenir. Afin de véritablement mesurer les inégalités, il faut regarder les inégalités de consommation (et non pas de revenus).

En 1969, les Québécois faisant parti du 1% le plus riche de la population consommaient 7.49 fois plus que le 1% le plus pauvre. En Ontario, on parlait de 8.11 fois plus. Jusqu’en 2009, ce ratio a grimpé à 9.77 au Québec et 9.87 en Ontario. À ce point, on réalise que le portrait du “succès québécois” est nettement moins glorieux.

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Qu’en est-il des inégalités entre la classe moyenne (la médiane) et le 90ème centile? En 1969, la consommation des Québécois de la classe moyenne était 1.66 fois plus basse que la consommation du 90ème centile contre 1.68 fois en Ontario. En 2009, ce ratio avait grimpé à 1.70 au Québec et 1.82 en Ontario. L’avantage du Québec est nettement moins important à cet égard, mais tout de même présent.

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À l’égard du ratio de consommation entre le 90ème centile et le 10ème centile, le Québec performe toujours bien, mais beaucoup moins bien que les statistiques sur le revenu proposent.

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Au final, on réalise que les inégalités ont augmenté nettement moins rapidement au Québec que les statistiques suggèrent. Encore plus important, les inégalités de consommation montrent que l’augmentation des inégalités a été nettement moins importante en Ontario que les statistiques ne suggèrent. L’image du Québec comme champion de l’égalité, même si véridique, est surfaite.

ConsoInégalités

Agricultural production, the timber trade and living standards in Lower Canada, 1831

Below is the abstract of a recent working paper I have uploaded on my academia page which studies living standards and labour market decisions in Lower Canada in the early 1830s when the timber trade was beggining its boom. It can be consulted here on my academia page.

ABSTRACT: From 1800 to 1840, the economy of Quebec (then called Lower Canada) is normally described as experiencing either a “malaise” or an outright crisis. Yet, the data do not support a decline in living standards. Such claims result from a fixation on agricultural production, and a failure to notice the interaction between agricultural production and other – chiefly rural – industries. I propose that peasants attempted to optimize the use of their factor endowments, hence exhibiting no signs of irrationality, by shifting their supply of labour between different activities at the expense of agricultural activities. Using parish-level data from the 1831 census of Lower Canada, I conclude that the timber trade had a large and negative effect on agricultural production. This indicates that peasants diverted labour inputs away from agriculture when the timber trade became a more remunerative alternative. Variables linked to ethnicity are not significant. These results have serious implications on estimates of living standards in the colony prior to Confederation and suggest that they may have been underestimated. The economic approach used and the results generated also has important implications for the study of the institution of seigniorial tenure and suggests that it may have hindered industrial development.

A history of prices in New France, 1700 to 1760

Below is the abstract of a recent working paper I have uploaded on my academia page which studies the history of price fluctuations in Quebec when it was a french colony (called New France). 

Abstract: The study of the early economic history of Quebec when it was known as New France has been hindered for long by the absence of a price index over which to deflate estimations of outputs. Using a new dataset, I attempt to create different measures of prices and their evolution over time. The most reliable estimates are derived for the period from 1700 to 1740 which shows a slightly declining trend with an important bump between 1715 and 1719. The period from 1740 onwards is harder to estimate but the most conservative estimates do indicate an important increase in prices which is probably the combined results of increasing monetary base and of a collapsing level of aggregate supply.  These price indices represent the first step in the elaboration of a measure of real living standards and output in New France.  Ultimately, they will allow us to compare the economic growth of French colonies in North America with the neighbouring American colonies before the War of Independence and the Seven Years War.  

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