Pendant le débat, Françoise David a affirmé que les femmes gagnaient moins que les hommes par environ 25% en revenus annuel. Est-ce qu’elle a raison? La réponse c’est oui, mais c’est trompeur. Le revenu total est en partie le résultat du nombre d’heures travaillées et les femmes travaillent font moins souvent des heures supplémentaires et lorsqu’elles en font, elles en font moins que les hommes. Elles occupent aussi des emplois moins risqués (le risque créant une rémunération plus élevé). Alors il faut regarder une autre statistique, le taux de salaire horaire. L’écart est plutôt de 11% et il se ferme depuis 1997.
Author: Vincent Geloso
Fact Check 2: Revenu Personnel Disponible
Durant le débat des chefs, François Legault a affirmé que le revenu personnel disponible a augmenté plus lentement qu’ailleurs au Canada. En gros, le Québec marchait pendant que les autres courraient. Jean Charest a dit que c’était faux. Qui a raison? Ni un ni l’autre!
Le Québec a eu une croissance plus vite que l’Ontario et l’Île du Prince-Édouard – alors ce n’est pas vrai que le Québec était dépassait par tous sauf l’Île du Prince-Édouard. Toutefois, face à toutes les autres provinces, le Québec a perdu du terrain (donc sa croissance économique fut plus lente).
Fact Check : Jean Charest et les baisses d’impôts
Ce soir au débat des chefs, Jean Charest a affirmé qu’il a baissé les impôts des Québécois en 2007 permettant ainsi aux Québécois d’avoir un revenu disponible plus élevé en 2012 qu’en 2003. La réponse c’est que c’est vrai, mais la vérité est incomplète. La vérité c’est que les impôts ont baissé davantage ailleurs qu’au Québec – notamment en Ontario. C’était d’ailleurs une observation que mon ami Bryan Breguet avait découvert en 2010 en utilisant le Survey of Labour Income Dynamics. Et soyons clairs, cette baisse d’impôt n’en était pas réelle puisque les taux (chacun des paliers) n’ont pas été baissé. En vérité, ce qui s’est passé, c’est que le seuil non-imposable a été haussé.
Le graphique plus bas démontre comment le Québec demeure plus taxé que l’Ontario en dépit des baisses d’impôts.
Les transferts fédéraux au Québec depuis 1926
Dans mon livre, Grand Rattrapage et Déclin Tranquille: Histoire Économique du Québec depuis 1900 qui sera publié en décembre 2012 aux éditions Accent Grave, je propose que le rattrapage économique et social du Québec a commencé dans les années 1940 et qu’il s’est poursuit au même rhytme pendant la Révolution Tranquille en dépit de l’intervention accrue de l’État. Je propose aussi que – contrairement à la période du grand rattrapage de 1945-1960 – les progrès survenus pendant la Révolution Tranquille sont venus avec une hypothèque.
Une de ces hypothèques c’est les transferts fédéraux. En soit, les transferts ne sont pas pervers et servent une certaine nécessité pour le maintien de la fédération canadienne (je vous épargne mon opinion constitutionnel). Toutefois, ces derniers sont devenus des objets politiques pour lesquels les politiciens peuvent financer des dépenses superflues pour demeurer au pouvoir tout en décourageant l’adoption de politiques publiques favorables à la croissance économique mais qui priveraient certains groupes d’intérêts de leur statut privilégié.

Comme on peut voir, la seule période au cours de laquelle les dépenses sont restés stables (et même diminuer sensiblement) c’est alors que les transferts fédéraux étaient réduits ou maintenus constants. Depuis 2004, on voit aussi que lorsque les transferts augmentent, les dépenses de l’État augmentent aussi. Il s’agit là du côté pervers des transferts fédéraux – ils découragent la saine gestion financière de l’État.
C’est là le principal héritage pervers de la Révolution Tranquille: non seulement celle-ci aurait été presque impossible sans les transferts fédéraux, mais les transferts fédéraux ont contribué à grossir l’État québécois et le favoritisme.
Écarts de richesse, Québec et Alberta
Mon ami Martin Coiteux à récemment publié dans La Presse un article qui affirme qu’après les impôts et les transferts, l’écart entre les riches et les pauvres ne s’est pas aggrandi au Québec depuis 1976 – il est resté constant. Selon la logique de Martin, il s’agit là d’une preuve que le lynchage des gens riches offerts par plusieurs partis comme promesse électorale est mal placé.
Cependant, j’ai un problème avec la logique de Martin puisqu’elle permet à plusieurs personnes de clamer que le modèle Québécois de justice sociale est une réussite grandiose (même si je suis convaincu que Martin ne croît pas cela).
Est-ce que c’est le cas? Regardons la province qui est la plus diamétralement opposée à nous (selon les croyances populaires) pour voir comment les écarts de richesse après impôts évoluent. J’ai nommé – bien évidemment – l’Alberta.
Comme au Québec, l’écart du revenu de marché en Alberta (avant transfert) entre le 20% le plus riche de la population et 20% le plus pauvre s’est aggrandi.* Toutefois, l’écart entre ces deux groupes après impôts et transferts gouvernementaux est lui aussi demeuré constant. L’écart est plus grand entre les deux en Alberta qu’il ne l’est au Québec, mais l’évolution est identique dans les deux provinces.
Cette observation est lourde de conséquences. Premièrement, elle signifie que l’évolution des inégalités est un phénomène national et non pas provincial. Deuxièmement, elle implique que le Québec n’est pas meilleur que l’Alberta à réduire l’écart entre les riches et les pauvres. En fait, cette observation implique que l’Alberta est nettement meilleure puisque l’augmentation des inégalités au niveau du revenu de marché est plus grande en Alberta qu’au Québec. Par conséquent, les efforts que l’Alberta doit déployer pour garder l’écart entre elle et le Québec constants sont plus importants. Et pourtant, elle réussit avec un État massivement moins gros, des impôts bougrement plus bas et une dépendance moins importantes aux transferts fédéraux. Difficile de parler des forces du modèle Québécois dans ce cas.
Finalement, regardons aussi l’écart entre le revenu moyen des pauvres en Alberta et au Québec en ajustant pour l’inflation. En 1976, un Albertain dans le 20% le plus pauvre de la population était 6% plus riche que son équivalent Québécois. En 2010, l’écart s’était creusé à 14% en faveur des Albertains.
*Note: Pour moi, les écarts de revenus brut ne veulent rien dire puisqu’ils peuvent être le simple résultat de préférences hétérogènes dans une population quant aux choix d’investissements en capital humain et heures de travail (voir cet article).



