Écarts de richesse, Québec et Alberta

Mon ami Martin Coiteux à récemment publié dans La Presse un article qui affirme qu’après les impôts et les transferts, l’écart entre les riches et les pauvres ne s’est pas aggrandi au Québec depuis 1976 – il est resté constant. Selon la logique de Martin, il s’agit là d’une preuve que le lynchage des gens riches offerts par plusieurs partis comme promesse électorale est mal placé.

Cependant, j’ai un problème avec la logique de Martin puisqu’elle permet à plusieurs personnes de clamer que le modèle Québécois de justice sociale est une réussite grandiose (même si je suis convaincu que Martin ne croît pas cela).

Est-ce que c’est le cas? Regardons la province qui est la plus diamétralement opposée à nous (selon les croyances populaires) pour voir comment les écarts de richesse après impôts évoluent. J’ai nommé – bien évidemment – l’Alberta.

Comme au Québec, l’écart du revenu de marché en Alberta (avant transfert) entre le 20% le plus riche de la population et 20% le plus pauvre s’est aggrandi.* Toutefois, l’écart entre ces deux groupes après impôts et transferts gouvernementaux est lui aussi demeuré constant. L’écart est plus grand entre les deux en Alberta qu’il ne l’est au Québec, mais l’évolution est identique dans les deux provinces.

Cette observation est lourde de conséquences. Premièrement, elle signifie que l’évolution des inégalités est un phénomène national et non pas provincial. Deuxièmement, elle implique que le Québec n’est pas meilleur que l’Alberta à réduire l’écart entre les riches et les pauvres. En fait, cette observation implique que l’Alberta est nettement meilleure puisque l’augmentation des inégalités au niveau du revenu de marché est plus grande en Alberta qu’au Québec. Par conséquent, les efforts que l’Alberta doit déployer pour garder l’écart entre elle et le Québec constants sont plus importants. Et pourtant, elle réussit avec un État massivement moins gros, des impôts bougrement plus bas et une dépendance moins importantes aux transferts fédéraux. Difficile de parler des forces du modèle Québécois dans ce cas.

Finalement, regardons aussi l’écart entre le revenu moyen des pauvres en Alberta et au Québec en ajustant pour l’inflation. En 1976, un Albertain dans le 20% le plus pauvre de la population était 6% plus riche que son équivalent Québécois. En 2010, l’écart s’était creusé à 14% en faveur des Albertains.

*Note: Pour moi, les écarts de revenus brut ne veulent rien dire puisqu’ils peuvent être le simple résultat de préférences hétérogènes dans une population quant aux choix d’investissements en capital humain et heures de travail (voir cet article).

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