L’instruction au Québec avant la Révolution Tranquille

Pour faire suite aux commentaires que je critique concernant le Québec avant la Révolution Tranquille, je veux m’attaquer au mythe le plus persitant: celui de l’éducation. Comme je l’ai mentionné dans plusieurs billets précédents, le Québec s’instruisait rapidement au cours des années allant de 1945 à 1961.

Récemment, je suis tombé sur un graphique de Pierre Fortin dans La Révolution Tranquille en Héritage qui illustre le nombre d’années de scolarité atteint pour un groupe d’âge dans la vingtaine. En comparant seulement un point dans le temps, ce dernier compare les Québécois aux noirs américains de l’époque. Malheureusement, la comparaison ne tient pas puisque les noirs américains étaient environ 20 à 30% inférieurs à la moyenne des Américains blancs. L’écart est, comme vous le verrez, aux alentours de 10% entre le Québec et le reste du Canada. De plus, en choissisant un groupe d’âge avancé, Fortin choisit un groupe qui n’avait pas eu la chance de s’instruire avant les années 1940 et 1950. Ainsi, je propose de regarder la scolarité relativement à l’ensemble de la population âgée de 5 ans et plus en incluant ceux qui vont à l’école. De plus, je propose de regarder le changement entre deux périodes.

À ces fins, j’utilise l’Annuaire Statistique du Québec de 1961 pour les années de scolarité selon le recensement de 1951 ainsi que les données directement du recensement de 1961. Les catégories d’éducation sont différentes d’un recensement à l’autre, mais en regardant les ratios entre provinces selon les définitions disponibles, on évacue ce problème. Toutefois, mes données ne me permettent pas d’obtenir une définition d’années moyennes d’instruction qui est stable à travers le temps (mais stable par région). Par conséquent, voici l’écart entre le Québec et l’Ontario et le Reste du Canada entre 1951 et 1960. Voyez comme le Québec les rattrape sensiblement entre 1951 et 1961. Difficile de parler d’une grande noirceur…

Pour les sceptiques, il suffit de regarder les différences de composition par groupe de scolarité pour observer le rattrapage du Québec qui est mené par les jeunes Québécois nés entre 1935 et 1951. En effet, les étudiants du secondaire composaient une partie bien moins importante de la population étudiante totale en 1951 qu’en 1961. Notons aussi qu’en 1961, 58.2% de  la population de 5 ans et plus qui ne fréquentait pas l’école avait entre 5 et 8 ans de scolarité alors qu’on parlait de 50% en 1951. En matière d’éducation, tout processus de rattrapage s’observe sur des décennies, pas juste avec une donnée à un point précis dans le temps…

La mortalité infantile au Québec

Pour faire suite à mes nombreux commentaires sur l’évolution du Québec avant la Révolution Tranquille, j’en ajoute un nouveau concernant la mortalité infantile au Québec entre 1921 et 1960. Malgré que l’Ontario et le Québec voient tout deux une baisse importante du taux de mortalité des enfants de zéro et un an, la baisse est moins prononcée au Québec jusqu’à 1945 et ensuite le Québec commence un rattrape impressionnant. Entre 1945 et 1960, le Québec réduit l’écart de 70% à 24%. Plus bas, le graphique présenté illustre la moyenne mobile (sur cinq périodes) du ratio entre le Québec et l’Ontario.

Duplessis et les routes

Afin de confiner Maurice Duplessis dans des coins obscurs de nos livres d’histoire, plusieurs historiens affirment que le développement d’infrastructures fait par ce dernier était purement électoraliste. C’est probablement le cas qu’il s’en servait à des fins politiques, mais il faut se demander si il n’essayait pas (comme tout bon politicien) de combiner une politique nécessaire avec ses besoins électoraux?

Voici ce qui s’est passé au niveau du développement routier au Québec entre 1925 et 1959, comme on peut voir la quantité de routes construites est plutôt impressionantes.  Il s’agit d’une explosion du développement des infrastructures du Québec. Est-ce que les tracés auraient pu être plus efficaces? Très probablement. En fait, les biographies de Duplessis regorgent d’anecdotes relatant ses désirs de faire passer une route dans tel comté plutôt qu’un autre comté plus libéral.

Néanmoins, il semble que le développement du réseau routier aille été nécessaire au développement d’un commerce des transports très lucratif. Comme on peut le constater, le nombre de camions enregistrés dans la province pour le transport commercial a explosé au cours des années 1940 et 1950.

Est-ce que le développement du réseau routier explique le développement du Québec entre 1940 et 1960? Pas en grande partie, toutefois je ne vois pas comment ces politiques auraient pu nuire à la convergence observée entre 1940 et 1960. En fait, elles y ont probablement contribué.

Tuberculose – USA/QC de 1926 à 1959

La tuberculose est une terrible maladie, et probablement une des maladies les plus liés au niveau de développement. En fait, The Lancet, la considère comme “a disease of poverty” alors que le cancer serait “a disease of affluence”. Alors, si on veut savoir comment les Québécois se portaient entre 1945 et 1960, regardons le développement du taux de tuberculose du Québec relativement aux États-Unis (j’ajouterai d’autre pays bientôt comme la France, l’Allemagne, la Suède et les Pays-Bas).

Entre 1926 et 1946, malgré une baisse de la mortalité causée par la tuberculose au Québec, l’écart entre les États-Unis et le Québec s’aggrandit. En gros, les Québécois sont de plus en plus susceptibles de mourrir de la tuberculose relativement aux Américains entre 1926 et 1946. Toutefois, après 1946, on observe une baisse plus marquée au Québec qu’aux États-Unis et le Québec commence lentement son rattrapage à cet égard.

Pour une Grande Noirceur, il faut admettre tout de même que la santé des Québécois s’améliorait…

Le coût de la vie au Québec (2)

Pour faire suite à mon billet d’hier, je compare un autre “bien” identifique entre le Québec et l’Ontario relativement au salaire horaires de chaque province: l’essence sans les taxes. En me servant des prix produits par Kent Marketing, on apprend que les prix de l’essence était sensiblement plus élevés en Ontario qu’au Québec en 1997. En 2011, les prix sont égaux. Toutefois, les salaires horaires (selon StatCan), plus élevés en Ontario en 1997, ont changé différement.

En effet, malgré le prix plus bas au Québec en 1997, les Québécois devaient travailler 4,7 % plus de temps que les Ontariens pour acheter 40 litres d’essence (sans les taxes). Toutefois, en 2011, ils devaient travailler 10,5 % plus de temps que les Ontariens. En somme, le niveau de la vie au Québec – toutes choses étant égales par ailleurs – décline au Québec relativement à l’Ontario.

Ceci me pose à me demander une question: si le temps de travail requis pour acquérir certains biens au Québec augmente alors que le temps de travail diminue (les Québécois travaillent de moins en moins longtemps), est-ce que la décision du temps à travailler est vraiment une décision ou est-ce le résultat d’une contrainte exogène (taxes, réglementations etc.)?