Revenu personnel réel Québec versus États-Unis 1929-1960

Lorsqu’on ouvre des livres d’histoire du Québec, il est presque impossible de trouver des livres qui effectuent des comparaisons entre le Québec et d’autre pays. J’ai donc décidé dans le cadre de mes recherches de procéder à faire de telles comparaisons. Il y a quelques jours, j’ai publié des données sur le PIBper capitades États-Unis relativement au Québec. Maintenant, voici des données sur le revenu personnel et le revenu personnel disponible (revenu personnel moins taxes et impôts) entre 1929 (première année que la série est disponible pour les États-Unis) et 1960. J’ai pris aussi mon indice de prix que j’ai composé, mais pour être sûr j’ai aussi utilisé celui de Statistiques Canada (qui s’applique pour l’ensemble du pays, et non pas juste le Québec). Comme on peut voir, le Québec est clairement en déclin relativement aux États-Unis avant la Guerre et après la guerre, pendant la Grande Noirceur, il rattrape les États-Unis (Lire: la croissance économique est plus rapide au Québec qu’aux États-Unis)

Industrialisation manquée du Québec, 1905-1939

Comme je mentionnais dans un billet il y a quelques jours, l’histoire du Québec est probablement très mal écrite en attribuant la période 1945 à 1960 comme une période de retardation. Je suis de plus en plus d’avis que la période avant la Seconde Guerre Mondiale est la période dans laquelle le Québec stagnait ou déclinait relativement aux autres provinces canadiennes et pays du monde.  J’ai terminé une autre pièce à cet égard qui est très éducative en me servant des statistiques sur le secteur de la fabrication.

Derrière ce choix se trouve la motivation suivante: le Québec est supposé avoir vécu son industrialisation au cours des années 1900-1910. En effet, il y a une explosion de la production manufacturière au Québec, notamment dans le secteur textile à partir de 1900 (et même 1890). Toutefois, à l’exception d’André Raynauld dans les années 1960, personne n’a pris la peine de comparer avec l’Ontario de manière exhaustive. De plus, personne n’avait des indices de prix régionaux qui permettaient de mieux évaluer le cours des choses en tenant compte des prix!  J’ai décidé de pallier à cette déficience.

Cette série est difficile à poursuivre après 1945 à cause des changements de méthodologie de collection de Statistiques Canada (j’essaie de trouver une solution). Mais entre 1905 et 1910, il est possible d’intepoler et de corriger pour l’indice de prix que j’ai crée. Par la suite, on peut comparer sur une base annuelle. Le graphique plus bas illustre l’évolution de la productivité et des salaires réels avant 1939 au Québec. La période entre 1905 et 1910 est peu fiable à mon avis puisqu’elle est composé d’interpolations, mais le niveau de 1905 et 1910 sont clairs, le Québec était presque à égalité avec l’Ontario avant de stagner et décliner lentement après la première guerre mondiale.

Est-ce que la Grande Noirceur ne serait pas la période avant 1945 alors que le Québec semblait manquer le train de l’industrialisation?

Notez que j’ai exclu la guerre pour des raisons méthodologiques. Contrairement à plusieurs de mes collègues, je crois que les indices de prix en période sont biasés négativement. Premièrement, ils ne tiennent pas compte des changements de prix non-monétaires liés au contrôle de prix. Par exemple, lorsqu’un gouvernement décide de contrôler le prix de l’essence, on ne verra aucun changement dans le prix de celui-ci, toutefois le prix de l’attente en ligne, du rationnement ou du marché noir ne sont pas inclus. Par conséquent, on perd l’information. Par ailleurs, ceci change les prix relatifs dans l’économie, détruisant complètement l’indice des prix. C’est pourquoi je décide d’exclure le recensement manufacturier de 1915 et que je reprend la série en 1919.

Distribution des revenus par région au Québec en 1961

Puisque je m’amuse beaucoup avec les vieux manuels statistiques que personne consulte, surtout les historiens (ca rendrait leur travail bien trop mathématique), j’ai découvert un panel de données pour 1961 qui regarde les revenus per capita de chaque région et de la province au complet. Le graphique plus bas illustre les résultats. Il est intéressant de remarquer que les Cantons de l’Est sont plutôt loin éloignés de la moyenne pronviciale, surtout quand on pense au fait que c’était une région pour les anglophones aisés et les “gros” chalets de “riches”. L’observation pour le “Nouveau Québec” correspond à la Côte-Nord en grande partie. Il s’agit probablement d’une distorsion puisque les quelques rares subventions conférées à l’époque était concentrée massivement dans cette région faiblement peuplé, ce qui fait augmenter massivement le revenu individuel. Malheureusement, je n’ai pas trouvé de données pour la population de chacune des régions, mais je pense savoir ou les trouver et je pourrai bientôt “pondérer” tout cela.

Recul de l’affichage en français: une anomalie

Oui, je dis clairement que c’est une anomalie. Alors que La Presse nous apprend que le français est en recul pour l’affichage commercial, les chroniqueurs nationalistes sautent sur les conclusions, oublient de mettre les choses en perspectives et montent aux barricades. Malheureusement, l’image est beaucoup plus nuancée que ce qu’on croit.

Soyons clairs, le centre-ville de Montréal s’anglicise, mais ce n’est pas parce que les immigrants et les anglophones ne parlent pas français. En fait, comme je l’ai montré en utilisant les chiffres de Statistiques Canada et de l’Office Québécois de la langue française, le français comme langue d’usage à la maison fait des progrès considérable auprès des allophones et dépasse maintenant l’anglais. En outre, la connaissance du français tant chez les anglophones que les anglophones a augmenté alors que la connaissance de l’anglais chez les allophones a stagné depuis 1991.

Pourquoi Montréal s’anglicise donc? Parce que les francophones parlent de plus en plus l’anglais dans leur relations de travail (une représentation du fait que maintenant 60% des compagnies dans le monde de la finance au Québec sont détenus par des francophones qui opérent dans des marchés internationaux ou la langue de la cour est l’anglais). 

En fait, en consultant encore des sources objectives et fiables – pas juste des données partielles et cryptiques, on peut mieux comprendre. La proportion totale de tous les travailleurs qui utilisent l’anglais a augmenté entre le recensement de 2001 et celui de 2006. Toutefois, si on décompose cette augmentation, on remarque que la proportion des travailleurs qui utilisent le plus souvent l’anglais au travail a diminué!

Si on est assez honnêtes pour aller consulter la proportion d’anglophones qui utilisent le français au travail, on remarque que celle-ci a augmenté. En 2001, 65.4 % des anglophones utilisaient le français au travail contre 67.9% en 2006. La proportion des anglophones qui utilisent le plus souventle français au travail a augmenté de 30.7% à 31.6%.

Le centre-ville s’anglicise parce que les francophones veulent bénéficier des connections que l’anglais permet. Mais les anglophones savent que leurs revenus sont négativement affectés par l’ignorance du français (les hommes anglophones unilingues ont eu la croissance la moins rapide de leurs revenus depuis 1970). C’est cela qui explique le progrès de la connaissance du français chez les anglophones et du français comme langue de travial parmi eux.

Cessez de faire des campagnes de peur sans chiffres!