Le coût de la vie au Québec (1)

Récemment, mon ami Martin Coiteux publiait une note avec le Centre sur la Productivité et la Prospérité sur le niveau de la vie au Québec comparativement aux autres provinces canadiennes. Dans l’ensemble, je partage son constat, mais j’étais tout particulièrement heureux qu’il déboîte le mythe du coût de la vie au Québec. À cause que ce dernier est plus bas qu’en Ontario, Alberta ou Colombie-Britannique, le Québec a un écart moins prononcé au niveau des revenus. Selon Martin, les prix ont augmenté plus rapidement au Québec qu’ailleurs au Canada au cours des dernières années, ce qui réduit l’avantage du Québec.

J’aimerai apporter un nouvel angle à cette question en proposant de regarder le coût en temps de travail pour l’acquisition de certains biens fixes et comparables. Pourquoi? Parce que lorsque l’IPC (Indice des Prix à la Consommation) est calculé, il inclut des biens qui ne sont pas consommés de manière comparable dans les provinces. Il s’agit d’un fait très important!

Est-ce que les Ontariens vont davantage chez Wal-Mart que les Québécois? Est-ce que les Québécois sont plus “fine bouche” que les Ontariens en matière d’aliments? En se servant d’un indice similaire, on peut sous-estimer ou sur-estimer les salaires et revenus réels des gens. Ainsi, le revenu par habitant ajusté pour l’inflation ne devrait qu’une mesure parmi tant d’autres pour estimer le niveau de vie d’une population. Une autre (mais non pas la seule) manière d’estimer le niveau de vie serait de prendre le salaire horaire moyen dans chaque province ainsi qu’un panier de biens identiques et observer le temps de travail nécessaire pour les acquérir. Il s’agit là d’une illustration de la productivité aussi.

Je vais donc dédier une série de billets sur cette question avec des biens différents qui viseront – pour compléter le point fait par Martin – à démontrer que les prix relativement aux salaires démontrent que le Québec s’appauvrit relativement au reste du Canada. Pour commencer, j’ai choisi un appartement de trois chambres à coucher à Toronto et Montréal relativement au salaire moyen dans les deux provinces entre 1997 et 2011. Malgré que le coût du logement au Québec demeure nettement inférieur à l’Ontario, celui-ci l’est de moins en moins. Comme on peut le constater, le temps de travail nécessaire se un appartement de trois chambres à coucher à Toronto diminue sans cesse depuis 2002 alors qu’il augmente au Québec depuis 1997.

Dans les jours à venir, je vais poster sur le prix du lait en temps moyen de travail selon les provinces ainsi que plusieurs autres que je n’ai pas fini de déterminer.

Habitation et prospérité au Québec, 1945 à 1960

Depuis plusieurs semaines, je poste des données sur la qualité de vie des Québécois entre 1900 et 1960 pour affirmer que la Grande Noirceur n’était pas si obscur qu’on l’affirme. J’en suis venu à me demander s’il existait d’autres mesures de la prospérité des Québécois qui pourrait servir à étudier le développement économique de la province.

Comme de fait, j’ai trouvé une série statistique dans les bases de Statistiques Canada (celle-ci n’ayant nécessité aucune visite de ma part dans les archives) sur le nombre total d’habitation (total net housing stock) par province entre 1945 et 1960. En divisant par la population, on obtient le nombre de personne par unité d’habitation.

Si une société s’enrichit rapidement, deux choses peuvent se produire à l’égard d’une telle statistique.

a)      Augmenter la taille d’un ménage est une manière de bénéficier d’économies d’échelles dans l’achat des biens nécessaires.  Les enfants restent plus longtemps au ménage et les aînés se joignent aux enfants et grands-enfants. Toutefois, l’augmentation des revenus et l’arrivée de nouveaux biens ménagers réduisent la valeur relative d’un large ménage ainsi que l’ampleur des économies d’échelle. Ainsi, une hausse de revenu se traduirait par une diminution du nombre de personnes par unité d’habitation

b)      Une augmentation du revenu peut inciter des individus à se doter d’une seconde demeure ou d’un pied-à-terre. À cet égard, l’histoire du Québec est rempli d’anecdotes relatant les vacances des Québécois moyens à leurs chalets récemment acheté ou construit dans les Laurentides, Gaspésie etc.

Entre 1945 et 1960, le nombre de personnes par unité d’habitation chute de 4.87 à 4.17. Cette proportion demeure nettement au-dessus de celle de l’Ontario à 3.63 en 1960. Toutefois, l’écart en 1945 était de 25% alors qu’il est de 14% en 1960.

Les Québécois construisaient et achetaient des nouvelles demeures à un rythme plus rapide que leurs collègues Ontariens. Il ne s’agit pas là d’une mesure du revenu, mais plutôt d’une de ses corollaires qui démontre encore une fois que le Québec progressait plus rapidement dans les années 1945-1960.

A comment on inequality and regulation

Let me be blunt by stating my position so that you don’t have to guess which side of the fence I am on: I don’t believe that inequality in earnings is a problem. Well, more precisely, I don’t believe that ismuchof a problem. What I wonder is what share of all earnings inequality is explained by choices regarding education and labour supply decisions.

For example, my girlfriend works longer hours than I do and will likely earn a  much much much much greater income (and a consequently larger tax bill) than I will. However, she and I allocate different value to our free time. I enjoy coming back from work on Mondays around 6PM to grab a coffee and read some boring books on economics, history or whatever fancy-shmancy thing my brain craves. On the other hand, I accept that I will earn much less than she will. Some men might freak out if their girlfriend made more than them, but heh, I am a post-modern man! To be very honest, once I reach the income I feel adequate for my need, I don’t feel the need to work more and I will prefer to spend my time on having geeky fun (from watching Star Trek to reading and writing).

In a two persons economy, my girlfriend faster income growth rate would create a widening earnings gap. Yet, I don’t care. She found happiness in her own choices and I found mine. Earnings gaps are not a problem as long as they reflect choices. Now, why am I saying all this?

Because recently I stumbled upon a fabulous paper by Nicolas Pistolesi in the Journal of Economic Inequality that studies inequality of opportunity in the United States. Circumstances like being born in an economically challenged area (short for “ghettos” and “hoods”) or in poor and uneducated families might affect your chances at upward mobility and creates a permanent income gap. This would be an “inequality of opportunities” because some individuals, by virtue of birth, lack access to opportunities at upward social mobility. Yet, Pistolesi found that the share of earnings gap (which has increased since 1968) explained by circumstances has declined since 1968 and stood at around 18% in 2001. The remaining explanatory factors are those linked to goin’to’skool (yes, I can spell mommy!) and labour supply decisions.

Yet, I am wondering (on a blog…) about what part of “labour supply decisions” is affected by labour regulations. You see, since the 1950s, the share of the US workforce that requires a permit to work has grown from below 5% to above 20%. If regulations are considered “endogeneous circumstances” where certain interest groups attempt to limit entry (and competition) under the pretext of “protecting the public” (yes, I need to be protected from a bad haircut…wait…I am bald), they could be limiting the ability to make choices about supplying labour in the most productive ways for workers.

Hence, I am wondering out loud (well…”out written”)  about the possibility of replicating the Pistolesi study but by adding in a possible way to measure the effect, probability as an instrumental variable, of the regulation of trades and crafts on labour supply decisions and hence on “inequality of opportunity”. Does it make any sense or am I sounding like an evil bald-version of Mitt Romney who says that “regulations are stiffling the economy”?

Maurice Duplessis était pro-travailleur

Suite à la publication de mon récent article dans le Huffington Post, on m’a affirmé que mes affirmations sur les revenus des travailleurs Québécois et sur les progrès sociaux du Québec à l’époque manquaient la cible quant à ce qu’était la grande noirceur. On m’affirme que la Grande Noirceur se définit au niveau des institutions. Jusqu’ici je suis d’accord. Toutefois, je ne suis pas d’accord que l’opposition du régime Duplessiste aux syndicats est un signe de retardation. En tant qu’économiste, je ne fais pas une équation automatique dans ma tête entre “pro-syndicat” et “pro-travailleur”.

La mythologie veut que Duplessis était anti-syndicaliste, ce qui est vrai. Ceci ne veut pas dire que le taux de syndicalisation diminuait. En fait il augmentait même si il demeurait bien en dessous des niveaux observés aux États-Unis, en France et en Grande-Bretagne.

Toutefois, Duplessis tentait plutôt de créer un équilibre entre employeurs et syndicats afin d’éviter des abus des deux parts. Ceci explique pourquoi Duplessis a crée la Commission des Relations Ouvrières qui devint ensuite la Commission des Relations du Travail afin d’éviter les conflits protractés entre syndicats et employeurs. Ceci explique aussi pourquoi Duplessis a continué de donner des dents au Bureau d’Hygiène Industriel qui s’assurait de créer des normes de travail de base pour les travailleurs. Notons aussi le financement de la Clinique de Réhabilitation de Montréal qui visait à permettre aux travailleurs blessés de retourner au travail.

En dépit de la faiblesse relative des syndicats Québécois face à leurs contreparties des États-Unis, France ou Grande-Bretagne, les salaires et revenus des Québécois ont augmenté plus rapidement que chez ces derniers. Il faut croire que l’absence des syndicats n’est pas nécessairement nocive aux travailleurs. “Anti-syndicaliste” ne signifie pas “anti-travailleur”.

Alors pourquoi Duplessis est-il vu comme anti-travailleur?  La raison la plus probable se retrouve dans son opposition acharnée à la syndicalisation du secteur public. Les centrales syndicales ne lui a jamais pardonné cette position, qu’il partageait pourtant avec Franklin Delano Roosevelt, président américain démocrate de 1932 à 1945.

Selon la logique de Duplessis, les travailleurs du secteur public étaient les seuls à produire les services de l’État. Aucune entreprise ne pouvait se substituer à l’État. De l’avis de Duplessis, la syndicalisation du secteur public aurait donné trop de pouvoirs aux fonctionnaires qui auraient fini par prendre les contribuables en otage et abuser de leur puissance pour avantager leurs intérêts avant ceux du public. La littérature économique à cet égard est plutôt riche (allant des travaux de Richard Freeman au National Bureau of Economic Research à ceux de Reynolds, Mueller, Robinson, Gramlich et Courant). Deux travailleurs à compétences égales dans des emplois à charge égale auront des revenus très différent si l’un d’entre eux travaille dans le secteur public. C’est celui qui travaillera pour le public qui aura un salaire plus élevé parce que son pouvoir de négociation est plus grand, personne ne peut le remplacer. D’autre part, le politicien n’essaie pas de maximiser son profit d’entreprise lorsqu’il négocie avec le syndicat de la fonction publique, il cherche à maximiser ses chances de ré-élection. Aux yeux du politicien, pelleter les problèmes vers l’avant est une bonne option.

Par conséquent, doit t’on en vouloir à Duplessis d’avoir refuser de syndiquer la fonction publique? À première vue, il semble qu’il avait raison. Lorsque les libéraux ont permis la syndicalisation du secteur public, les conflits de travail se sont multipliés à la vitesse grand V et les contribuables ont été maintes fois pris en otage.

Est-ce que je considère l’opposition au syndicalisme dans la fonction publique comme un “signe” de grande noirceur? Pas du tout! Si les travailleurs non-syndiqués du Québec s’enrichissaient plus rapidement que les travailleurs syndiqués de l’Ontario, des États-Unis, de la France ou de la Grande-Bretagne alors que l’État assurait les normes de travail de base, une commission des accidents de travail ainsi que des services de réadaptation et d’arbitrage, les syndicats ne devaient pas être une force essentielle au rattrapage économique et sociale du Québec entre 1945 et 1960. En plus, si les syndicats se sont par la suite servis de leurs pouvoirs pour redistribuer de la richesse vers eux, je ne juge pas cela comme une grande modernisation.

Espérance de vie au Québec, 1921-1960

Suite à mon article du Huffington Post, les critiques se multiplient à mon égard quant à ma définition de la Grande Noirceur. On me dit que je ne parle que d’économie. Or, ce n’est pas le cas, comme j’en parlais ici, l’emprise de l’Église sur la vie des Québécois s’effritait clairement avant 1960. J’ai aussi publié une multitude de statistiques concernant l’éducation et la santé au Québec à cette époque et le rattrapage observé au Québec.

Je poste aujourd’hui, avec plus d’avance que je ne le pensais, mes données sur l’espérance de vie à la naissance au Québec relativement à l’Ontario. Comme on peut voir, le Québec semble incapable de fermer l’écart avec l’Ontario entre 1921 et 1939, il en ferme une partie pendant la guerre mais suite à la guerre, le déclin est prononcé et constant. Comme on peut constater, c’est pendant la Grande Noirceur que le Québec effectue la grande partie de son rattrapage relativement à l’Ontario.