Les transferts fédéraux et le contrôle des dépenses

En 1957, le gouvernement fédéral canadien met en place un régime de péréquation visant à assurer des services relativement égaux à la population indépendemment de la capacité fiscale de chaque province. De l’avis de certains, le programme fédéral de péréquation auquel nous devons additionner plusieurs autres transferts tels que le TCS et le TCPS, nuit à la discipline fiscale des provinces.

Encore une fois, il est plaisant de sauter dans les données historiques pour voir ce qui se passait avant l’augmentation des transferts fédéraux. Entre 1945 et 1955, les transferts fédéraux par habitants sont plutôt bas et ont même une légère tendance à la baisse. Relativement au revenu moyen réel des Québécois, ces derniers diminuaient jusqu’en 1955. À la même période, les dépenses publiques restent stable en pourcentage du PIB. Elles sont même plus basses qu’à leur pic de 1938 (alors 8.95% du PIB).

Toutefois, à partir de 1955, les transferts au Québec augmentent rapidement. Au même moment, les dépenses commencent à croître de manière importante, sans que les revenus autonomes n’augmentent. En fait, les revenus autonomes demeurent stables. En fait, les dépenses augmentent tellement vite que 62% de l’augmentation des dépenses réelles par habitant en santé et éducation entre 1945 et 1960 s’est produite après 1955.

Certains disent que la Révolution Tranquille a été financée par la discipline financière de Duplessis (la dette diminuait sans cesse pendant ces années), mais en réalité il semble que la Révolution Tranquille a été financée par le reste du Canada. L’augmentation des dépenses publiques qui commence après 1955 se continue à une vitesse similaire pendant les années 1960 et 1970. Ce qui est encore plus étonnant, c’est que l’ensemble des progrès économiques et sociaux que je décris sur ce blogue se sont produits avant l’augmentation rapide des transferts fédéraux (ici, ici, ici et ici). Notre Révolution Tranquille est-elle le fruit du travail du Reste du Canada?

La productivité agricole au Québec avant 1960

Depuis plusieurs semaines, je parle sans cesse de l’histoire économique du Québec avant 1960 pour voir comment le Québec évoluait pendant la Grande Noirceur. Il y a quelque chose que j’ai trouvé que je juge intéressant: la productivité agricole.

Normalement, lorsqu’une société s’industrialise, on voit un déclin du nombre de personnes et d’exploitations dans le milieu agricole. Par conséquent, on voit une réduction de la proportion de l’économie allant au secteur agricole. Le Québec, une société distincte, ne s’industrialise pas comme tout le monde. Alors qu’on voit l’émergence du secteur de la fabrication, celui-ci se développe moins vite et moins fortement qu’ailleurs au Canada. Qu’est-ce qui explique cela?

Il y a partie culturelle, mais j’y reviendrai dans un autre billet et il y a une partie liée aux politiques gouvernmentales. Peu importe les journaux qu’on regarde, l’industrialisation est vu avec un degré de méfiance. L’exhultation agricole demeure forte.

Lorsque la Dépression commence, le gouvernement du Québec se met à relancer les plans de colonisation des régions et les plans de retour à la terre. Il dépense aussi beaucoup pour créer des routes vers des régions éloignés. Finalement, des acteurs privés motivés par des raisons idéologiques cherchent aussi à encourager avec l’aide de l’Église, le retour à la terre. Par conséquent, plusieurs travailleurs et nombre de ressources rares sont déplacés vers des secteurs moins productifs de l’économie avec l’aide de subventions. Il est difficile d’en vouloir aux travailleurs d’avoir quitter la ville sous l’attrait des prêts et subventions pour la colonisation sous le leurre de posséder une terre productive. Toutefois, ces politiques ont probablement ralenti le développement du Québec jusqu’à la fin de la guerre. 

Le graphique ci-joint illustre le nombre de fermes au Québec et en Ontario à chaque recensement entre 1901 et 1961. Comme on peut voir, avant 1931 le Québec évolue de pair avec l’Ontario. Mais pendant la Grande Dépression, l’augmentation importante du nombre de fermes (avec une augmentation moins qu’équivalente de la supercifie exploitée) cause une diminution de la productivité de chaque exploitation agricole. La taille moyenne des exploitations est un bon indicateur de productivité agricole puisque des terres plus grandes permet de rendre rentable des investissements dans des outils plus à la fine pointe de la technologie tout en permettant une diversification des récoltes pour réduire les risques liés aux variations dans les prix de chaque bien agricole. Voici donc comment la productivité a évolué ainsi qu’une autre mesure de la productivité.

Comme on peut voir, le Québec perd du terrain massivement pendant la Grande Dépression (notons que l’évolution similaire avant 1931 indique que le Québec ne rattrapait l’Ontario mais bien qu’elle évoluait en parrallèle) et ne commence son rattrapage qu’après 1945. Il suffit de regarder les salaires des ouvriers agricoles – qui suivent normalement très bien la tendance de la productivité agricole – pour remarquer que pendant les années des politiques de retour à la terre, le Québec a accru son écart avec l’Ontario.

Le Québec a déjà été fiscalement concurrentiel

On dit toujours que les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord, mais est-ce que ce fut toujours le cas. Apparemment non! En utilisant les données de Statistiques Canada, on obtient deux séries : le revenu personnel et le revenu personnel disponible. Le premier illustre le revenu brut avec transferts et le second illustre le revenu d’une personne après qu’elle aille payé des taxes et qu’elle aille reçu des transferts. Logiquement, la différence entre les deux est une illustration du poids fiscal brut (et pas net). Par conséquent, nous avons une mesure approximative de l’imposition. Pour les données récentes, une telle mesure n’est pas la plus efficace. Toutefois, pour des données remontant jusqu’à 1926, il n’est pas facile d’obtenir une image plus efficace. C’est pourquoi je produis les graphiques suivant qui illustre la proportion d’impôts payés sur le revenu total entre 1926 et 1990 au Québec, en Ontario et dans le reste du Canada.

Regardez bien la courbe qui illustre le Québec relativement à celles de l’Ontario et du reste du Canada. Remarquez vous que celle du Québec a une pente bien plus faible que l’Ontario et le reste du Canada entre 1945 et 1960? Remarquez vous aussi que le fardeau fiscal du Québec a été longtemps plus faible que celui de l’Ontario et égal à celui du Canada jusqu’en 1976. Pour mieux voir, voici les différences. Lorsque l’écart est en bas de zéro, le Québec taxe moins qu’ailleurs et vice-versa.

Quelqu’un devrait avertir Jean-François Lisée…

Revenu au Québec face au Canada (sans Québec et Ontario)

Toujours en continuité avec les graphiques des derniers jours, voici les différentes mesures de revenu personnel et revenu personnel disponible mais pour le Canada sans le Québec et l’Ontario. Ces graphique indiquent que le Québec rattrape rapidement (un bon de 20 points de pourcentage en deux ans) le reste du Canada entre 1929 et 1932. Mais la seule raison pour cela, c’est que la crise économique de 1929 a affecté davantage les prairies canadiennes qui ont vu leur revenu chuter dans une proportion plus considérable que le Québec. Une coup d’oeil rapide montre que les termes d’échange internationaux ont chuté d’environ un tiers, une baisse équivalente à celle observée pour le prix des commodités comme le blé, l’orge et le maïs. En gros, les Prairies s’appauvrissaient plus vite pendant la crise à cause de leur dépendence sur l’agriculture et l’exportation (qui devint impossible avec la montée terrible du protectionnisme dans cette période). Quelques années après, les écarts reviennent à leur cours normaux. Pendant l’après-guerre, l’histoire est différente – l’Ouest se diversifie économiquement. Quant au Québec, il rattrape rapidement le reste du Canada.

Le premier graphique prend la période allant de 1926 à 1990, le second exclut les effets de la Grande Dépression et compare de 1945 à 1990. Encore une fois, ce que je trouve intéressant c’est que le rhytme de rattrapage ne change pas, le Québec poursuit lentement son rattrapage pendant la Révolution Tranquille. La vague de dépenses publiques, les montagnes de dette et les multitudes de plan de développement ne changent pas la tendance.

Revenu au Québec et en Ontario 1926-1976

En continuité avec les billets des derniers jours, voici les données du revenu personnel et revenu personnel disponible (qui tient compte des impôts et taxes) pour le Québec et l’Ontario. Toutefois, pour vous intriguer, voici le graphique en deux parties. Le premier graphique illustre le Québec entre 1926 et 1960. Comme je le dis depuis plusieurs mois, le Québec vivait un déclin important avant 1939 relativement aux autres provinces et pays alors qu’entre 1945 et 1960, il vit un rapide rattrapage. En 1960, il semble que le Québec aille réussi à effacer tout le terrain qu’il avait perdu avant la guerre.

Le second graphique est bien plus intéressant à mon avis. Il commence en 1945, le début du rattrapage du Québec. Je ne sais pas pour vous, je ne vois aucune brisure dans le rhytme de rattrapage. Le Québec poursuit sa lancée au même rhytme tout au long des années 1960 et 1970. Il semble que sur le plan économique, la Révolution Tranquille n’a pas marquée une brisure importante. Si le contraire était vrai, on aurait du voir un changement dans le rhytme de rattrapage et donc la pente des deux courbes devraient s’accentuer au lieu de rester stable.